‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 138 sur 239 · LIVRE HUITIÈME. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. 3o

diable. Mais , après qu'il eut fait les réflexions les plus sérieuses sur les raisons que je lui avais allé« guées , il se détermina à le suivre^ - .

Le lendemain le conseil assemblé opina comme ta veille, et moi comme le conseil. Le roi, déclarant qu'il ne pouvait suivre l'avis de ses conseillers^ les laissa dans la dernière surprise , et passa dans l'assemblée , où il déclara hautement ûpie, dans la disposition où il était de seconde^ de toutes ses forces les inclinations d!un corps si sage , il recevait , sans aucune restrictidn ni modification y le projet qa^on était venu lui propor ser, et qu'il réduisit à trois articles, Férection d'un nouveau conseil indépendant , le partage des Êicultés de l'état, et la création du sou pour livre; que L'assemblée eût à nommer dans vingt-quatre heures ses con3eillers ,. et à faire un mémoire de trente millions , eh y comprenant le* sou pour livre , pour cinq millions , afin qu'il prît la moi>^ tié; qu'on verrait par sa conduite s'il céderait en économie au nouveau conseiL On donna mille louanges à la bonté et à la facilité du roi, et l'as^ semblée se trouvant en quelque sorte finie paw un accord si unanime , qu'il ne laissait plus de matière de discussion, du moins entre le maître et les sujets, on ne songea plus qu'à revenir k Paris mettre la dernière main à ce chef-d'œuvre de politique.

3o4 MÉMOIRES DE SULLY.

La formation du nouveau conseil ne se fit pas avec la tranquillité qu'on s'était promise. L'altération des esprits qui en retarda l'exécution fut si grande, que les plus éclairés convinrent dès ce moment que la voix de la multitude n'avait embrassé qu'une chimère. La nomination se fit à la fin; le clergé s'y mêla fort avant, et le cardinal de Gondi ^ , connu par ses talens singuliers pour Téconomie, en fut déclaré le chef, comme si l'état se conduisait par les mêmes lois que la maison d'un particulier. Le conseil de raison tint des assemblées régulières dans un appartement du palais épiscopal, que le prélat céda à cet usage.

Mais, dès qu'on eut commencé à mettre papiers sur table pour le recouvrement de 1 697 , nos nouveaux financiers se trouvèrent si embarrassés , qu'ils savaient à peine comment il fallait s'y prendre. A mesure qu'ils allaient en avant, leur embarras ne faisait qu'augmenter. Ils ne trouvèrent personne qui voulût se charger du sou pour livre. On leur demanda les autres fermes , mais à un rabais qui les déconcerta. Malheureusement encore la chose ne pouvait souffrir de retardement. Tous les pensionnaires de l'état leur tombèrent sur les bras, et ne parlaient que par mil-

' Pierre de Gondi, évêque de Paris, frère d'Albret de Gondi, duc de Retz, pair et maréchal de France^ dont il a été parlé «i-devanU

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