LIVRE HUITIÈME
la confection d'un état général des fifnances pour Tannée 1 697 , qui était le motif de toutes ces recherches, je crus ne devoir rien négliger pour approcher le plus qu'il serait possible , dès cette première année de ma gestion, de la justesse où je souhaitais passionnément que fut porté cet état général. Quelque fraude et quelque erreur qui se fut glissée dans les finances , j'imaginais que ni l'une ni l'autre ne pouvait être si secrète , ni si générale, qu'on n'en trouvât enfin la source et la conviction , soit par la confrontation de toutes les pièces que je viens de marquer , soit par l'induction qu'on en peut tirer, en gardant toutes les proportions que demandent les temps et les conjonctures.
Messieurs du conseil du roi pâlirent à la vue démon projet, et, commençant à croire qu'il ne resterait plus rien qui ne fût dévoilé , ils s'accusèrent plus fortement que jamais de n'avoir pas fait encore tout ce qu'ils pouvaient faire pour empêcher mon entrée dans te conseil. Maisses , à qui je rends la justice qu'aussitôt qu'il eut pénétré mon intention il joignit ses efforts aux miens , m'instruisit de leurs craintes et de leurs regrets. Pour les y confirmer davantage, je déclarai publiquement que j'avais trouvé des éclaircissemens si heureux sur les finances , qu'on allait les voir incessamment sur un autre pied , et je demandai
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à travailler , avec le contrôleur-général , les intendans des finances , les trésoriers de France et ceux de l'épargne, et les receveurs-généraux, à la confection de cet état général, qui était pour eux une si terrible pièce : j'eus la précaution d'y tenir toujours la plume moi-même.
Je ne pus pourtant encore éviter de tomber c^tte fois dans plusieurs erreurs considérables , ni empêcher d'être la dupe de tous ces vieux routiers. Je ne crois pas qu'il y ait de la honte à en faire l'aveu. Ils firent encore cette année un profit d'un cinquième; ce qui est exorbitant, quoique infiniment moindre que leurs profits accoutumés. Je me propo3ai bien d'y remédier l'année suivante, aussi bien qu'à une autre inadvertance que j'avais eue. Un des principaux artifices des financiers était de faire en sorte que la dépense de l'année courante parût toujours excéder de beaucoup la recette et prendre sur l'année suivante , afin de jeter sur la dépense de cette année suivante, et successivement de toutes les autres, une confusion dont ces messieurs tiraient plusieurs avantages : premièrement, celui de paraître n'avoir jamais de deniers qui ne fussent engagés de long -temps, et de payer de cette raison le roi et tous ceux qu'ils n'étaient pas disposés à satisfaire; en second heu , de se servir de cet argent ; enfin d'acquitter à vil prix les anciennes dettes , et ce-