‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 145 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME. 3l · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. 3l

chat pas que le roi ne sentît vivement toutes les difficultés d'une entreprise qui pouvait avoir des suites très-fâcheuses. Cependant, comme la tête avait tourné à tous les courtisans, et qu'ils n'avaient eu rien que de désespérant à répondre au roi lorsqu'il les avait iiiterrogé^ , sa majesté se sentit extrêmement spulagée. Elle mé demanda queb étaient les moyens dont je prétendais me servir. Je lui répondis qu'elle en serait informée par les pièces mêmes, et je sortis comme pour aller les chercher; laissant du moins l'esprit du roidans une situation plus tranquille. S'il avait été témoin de l'agitation où je me trouvai lorsque je fus rentré dans mon cabinet, il aurait sans doute diminué quelque chose des louapges qu'il me donna, en parlant aux courtisans , lorsque je l'eus quitté. Ce fut en ce moment que, par les différentes réflexions dont mon esprit se remplit, je sentis tout ce qu'il y avait d'accablant dans la conjoncture présente. Les coffres du roi étaient vides : il n'y avait pas un seul régiment eu état de servir; c^endant il fallait de l'argent et des troupes, l'un et l'autre abondamment et sans délai.

Je feuilletai mes mémoires. Je repassai sur tous les moyens de recouvrer de l'argent, dont je m'étais occupé dans mon loisir, comme prévoyant que le roi en aurait bientôt besoin. On peut en général réduire ces moyens à deux espèces diffé-

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rentes, les uns plus simples, où il ne s'agit que de mettre une augmentation sur la taille et sur les impôts déjà établis : les autres plus difficiles , qui consistent à imaginer de nouvelles sources d'où l'argent puisse sortir. Il ne me paraissait point qu'il fût de la bonne politique d'avoir recours aux premiers , parce qu'après tous les fléaux qui étaient tombés sur le peuple de la campagne , le surcharger encore par une augmentation dont il est la seule victime , et dans le temps qu'il ne faisait que commencer à respirer , c'était achever de ruiner l'état , et ôter pour l'avenir au roi lui-même ses plus fécondes, et, en un sens, ses seules véritables ressources.

Je me tournai donc du côté des autres, et je m'en tins au projet suivant Demander un don gratuit au clergé pour une, ou même pour deux années, en l'obligeant d'en faire l'avance; créer de nouveaux offices par une augmentation aux anciens : quatre en chaque cour souveraine , outre quatre maîtres des comptes en chaque chambre, deux dans chaque bureau des finances, deux charges de conseiller en chaque présidial, d'assesseur en chaque siège royal , et d'élu en chaque élection ; ajouter à tous les officiers de finances '

' Les offices de finances étaient possédés par deux personnes en charge. Le premier s'appelait Vancien; le second , qui avait été établi depuis, s^^appela alternatif y et on nomma ce troi-

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