LIVRE NEUVIÈME. Sig
un triennal ; retarder d'une demi-année le paiement des arrérages des sommes empruntées aux partisans sous le dernier règne ; augmenter le sel de quinze sous par minot, et même le laisser toujours sur ce pied, parce qu'au moyen de cette augmentation on pourrait dans la suite supprimer certains offices fort à charge à l'état; tiercer les entrées et droits des rivières par une simple réappréciation; et, comme ces établissemens ne donnaient, pour la plupart, de l'argent qu'en espérance, commencer par faire un emprunt de
douze cent mille livres sur les plus riches , tant de la cour que des principales villes du royaume , et leur assigner le remboursement sur pareille augmentation faite dans les gabelles et les cinq grosses fermes; et, pour le surplus de ce qu'on aurait actuellement besoin de deniers comptans , obliger, par les poursuites d'une chambre de justice, les derniers traitans qui avaient fait des fortunes considérables à souffrir une taxe, aussi en forme d'emprunt.
Ce plan, comme on voit, était assez étendu, et mon intention n'était pas qu'on mît tous ces moyens en usage à la fois : mais, ignorant combien de temps la guerre devait durer , on pouvait
sième , triennal, parce qu'il roulait de trois en trois ans , avec les deux autres, auxquels seulement il fut permis de rembourser le triennal.
3î40 MÉMOIRES DE SULLY.
s'en servir successivement , en faisant précéder les moins onéreux. A l'égard des troupes nécessaires, j€^ crus qu'on ne pouvait mieux laire que de les prendre dans les provinces du royaume qui n'en avaient plus besoin pour leur défense. Ainsi je taxai nie de France, en y joignant le Berry , à un régiment complet; l'Orléanais avec la Touraine devaient en fournir un second, la Normandie seule un troisième. Ces régimens devaient être de quinze cent cinquante hommes, fournis et entretenus aux frais de leurs provinces , du jour de leur arrivée devant Amiens , parce que ce& provinces jouiraient du droit de leur faire porte;* leur nom , et d'en nommer les ofBders.
Je portai , cinq jours après, ce projet au roi , avec les preuves contenues dans treize états^ en bonne forme. Sa majesté s'enferma pour les exa<^ miner avec moi en présence de Frontenac , d'Arambure, de Loménie^ de Bérmghen et L'Oserai. Après que j'en eus fini la lecture, je dis au roi qu'avec ces secours rien ne devait plus retarder son départ pour ^expédition d'Avens; puisque d'ailleurs toutes $€)s provisions^ étaient déjà Éaites pour un camp en Picardie : àe manière que j'osaits lui répondre que son armée y trouverait nonseulement des vivres en abondance, ipaais encore toutes les marchandises qu'on cbevche pour k simple commodité,, avec la même facilité- et au