‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 147 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

même prix que dans une ville. J'ajoutai que, de quelque ressource que ce projet fut pour le roi dans les besoins présens , sa majesté ne devait pas penser qu'il pût s'exécuter sans ajouter encore aux anciennes plaies dont il s'en fallait de beau-' coup que la France fut guérie; qu'il suffisait de faire une légère attention aux dettes et aux engagemens immenses dont elle était surchargée ; que tout nouvel impôt , de quelque manière qu'on le déguise , est presque égal pour un état épuisé ; qu'on ne devait donc recommencer la guerre que dans la vue de parvenir plus facilement à une paix avantageuse, devenue absolument nécessaire; que , quelque grande que fût la misère publique , j'osais répondre que douze ans d'une paix continue suffisaient pour rendre les affaires du royaume florissantes.

Je ne doutai point que , de la manière dont le roi me paraissait disposé à se conduire, les ennemis , malgré leur avantage , ne fussent bientôt les premiers à souhaiter la fin de la guerre; et je m'ouvris dès ce temps-là au roi sur une pensée dont l'événement vérifia la justesse : c'est que les premières avances pour la paix se feraient par le roi d'Espagne , dont la poUtique ne permettait pas que, dans l'état de caducité et d'infirmité où le cours des choses humaines l'avait réduit, il exposât sa' couronne aux revers de la guerre, tou-

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