LIVRE IfEUViÈME
mais que des obstacles à ses entreprises les plus utiles.
Le roi s'arrêta après ce discours, comme pour attendre les délibérations de l'assemblée , où Ton se regardait sans dire un seul mot. Le silence ne fut rompu par les grands que pour remettre la chose aux financiers, qui, à leur tour, dirent qu'ils s'en rapportaient aux grands. Henri redoublant ses instances , on jeta quelques propositions vagues de nouvelles levées, qui furent aussitôt combattues par une moitié ; et tous les conseillers recouvrèrent la parole pour fronder indistincte* ment tout ce qui pouvait être mis en avant par l'un et l'autre des* partis. Le roi prit le moment où l'animosité, poussée de part et d'autre juiqu'où elle pouvait aller, ne laissait plus d'apparence de conciliation ; et , tirant le mémoire de sa poche , il dit que , quoique peu versé dans les ma« tières de finance , il allait proposer son avis , toujours prêt à l'abandonner pour un meilleur, et il se mit à en fisdre la lecture , qui jeta toute l'assistance dans une attention profonde, et ensuite dans une surprise qui la rendit comme immobile et privée de l'usage de la parole. Henri laissa passer deux instans de ce silence , et déclara qu'il le prenait pour un consentement unanime. Il ajouta que, comme il ne voulait pas faire usage de tous ces moyens à la fois , il allait commencer
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par l'emprunt des douze cent mille livres. Il exhorta les grands et les opulens du royaume à entrer d'eux-mêmes dans la nécessité présenté, et à compter sur sa parole royale que les prêteurs seraient remboursés dans deux ans de leur principal , sans rien perdre des intérêts. Sa majesté fit marcher ensuite par ordre les quinze sous sur le sel, l'établissement des triennaux, et la recherche contre les malversateurs dans les finances. L'affaire fut arrêtée, et l'arrêt dressé sur ce plan. On eut en fort peu de temps trois cent mille écus de prêt volontaire. La création des triennaux en jeta douze cent mille , et on en tira autant sur les maltôtiers , en y joignant les trésoriers de France, qui pourtant se taxèrent eux-mêmes.
Le conseil des finances , en possession de trouver sa joie dans la calamité du peuple , se consola bientôt de ces nouveaux subsides, pourvu qu'ils lui passassent par les mains. Us représentèrent au roi , en exaltant fort son mémoire , que le succès dépendait d'en charger des personnes d'une grande expérience, d'un travail prompt, et munies d'une pleine autorité. Le roi leur répondit que , quant à l'autorité , celui qu'il emploie^ rait agirait avec toute la sienne; et que, pour les autres qualités , il n'en choisirait point d'autre que moi (j'étais présent à ce discours), comme le plus laborieux et le plus soigneux, quoique