‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 150 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

le plus jeune. Il s'expliqua dans des termes encore plus forts à Schomberg, chez lequel sa majesté se transporta sur le point de son départ , parce que son incommodité ' le retenait au lit ; et aux conseillers qui se trouvèrent alors dans la chambre du malade, il leur dit que, comme il ne voulait s'en prendre qu'à moi seul, s'il venait à manquer de quelque chose , pendant qu'il ne s'occuperait uniquement qu'à se battre, aussi prétendait-il que tout se réglât dans le conseil à ma volonté, et il ne partit qu'après m'avoir revêtu solennellement de toute son autorité : ce qui mortifia si fort Schomberg , qu'il aima mieux aller servir au siège que de voir les finances soumises à mes ordres. Sancy disparut aussi du conseil , et alla tenir son rang de colonel des Suisses.

Je n'en avais que plus de sujet de me défier de messieurs du conseil , comme je l'éprouvai dans l'affaire des triennaux. Après avoir fiaiit vérifier

* Gaspard Schomberg, comte de Nanteuil. Cette incommo^ dite était une difficulté de respirer provenant de ce que la membrane qui couvre le cœur était devenue chez lui osseuse du côté gauche du cœur, aussi-bien que quelques-unes des autres parties voisines : ce qu'on reconnut en ouvrant soii corps après sa mort, qui arriva deux ans après. Il fut employé à la confection de Tédit de Nantes, comme il sera marqué ci« après , et il rendit plusieurs autres services à l'état. De Thou donne beaucoup de louanges au caractère de son habileté dans la guerré'et dans les affaires. Liv. las.

SaÔ MEMOIRES DE SULLY.

redit qui en ordonnait la création, je ne songeai qu'à tirer le plus d'argent que je pourrais de ces offices. Pour ôter à messieurs du conseil tout moyen d'en gratifier à vil prix, comme c'était l'ordinaire, quelque parent ou quelque ami, je tins moi-même la plume, comme aurait pu faire un greffier ou un trésorier des parties casuelles. Non content de cette précaution , je donnais un billet de ma main à l'acheteur , qui était obligé de le porter au trésorier, dont il retirait une quittance en lui donnant son argent , et l'un et l'autre de* valent m'être représentés.

Toute surprise devenant impossible, les trai^ tans eurent recours à un moyen qui sans doute avait manqué fort rarement jusque-là de leur réussir : ils essayèrent de me corrompre par des présens. Le boiteux Robin de Tours , gros partisan, après en avoir conféré avec le conseil, qu'il avait mis dans son parti , vint chez moi , et pria un de mes secrétaires de le faire parler à mon épouse, à laquelle il offrit un diamant de six mille écus pour moi , et un autre de deux mille pour elle , afin que je ne m'opposasse point à ce que le conseil lui adjugeât tous les offices triennaux des généralités de Tours et d'Orléans pour la somme de soixante et douze mille écus. Il me fut présenté par madame de Rosny, qui ne comprit le mal qu'on avait voulu lui faire £»ire que

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