‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 151 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

par la sévère réprimande que je lui ûs en présence du traitant. Je ne l'épargnai pas lui-même, afin d'ôter à tous les autres Tenvie de faire à l'avenir de pareilles tentatives; et je le renvoyai fort étonné, comme je crois, et fort mécontent de mon procédé. Je venais de refuser d'un autre partisan soixante mille écus de la seule moitié de ce qu'il me demandait en total pour soixante* douze ; et dès ce soir même cette moitié me ren*dit quatre-vingt mille écus , parce que je la dis* tribuai en détail.

Cette occupation m'arrêta chez moi tout le jour et le lendemain , et je crus devoir la faire mardier avant les prières que me fit faire par deux fois le chancelier par un huissier du conseil, de m'y rendre pour conclure une affaire où le roi devait, disait-il, toucher soixante-quinze mille écus ar- * gent comptant. J'y courus aussitôt que je fus dégagé, ne pensant plus k Rd>in de Tours. Le chancelier voulut me faire , en entrant dans la chambre du conseil, quelques petits reproches de négligences, auxquels je répondis assez brusquement que j'avais été plus utile au roi dans mon cabinet. « Nous ne l'avons pas moins été ici,.re- « partit le chancelier ; i» et il affecta de me faire d'autant plus valmr son argent comptant, que le roi en avait demandé au conseU par deux lettres consécutives. Lorsque je sus que cette somme était

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la même que le traitant de Tours était venu m'of-* frir, augmentée seulement de trois mille écus, je fis sentir assez vivement à ces messieurs que, ne pouvant ignorer que Robin s'était adressé à moi, ils n'avaient pas dû conclure sans moi une affaire que je n'avais pas trouvée bonne.

Comme je vis qu'ils cherchaient à m'en imposer* par un ton mêlé d'autorité et de plainte , je leur dis plus nettement que, si j'avais été homme à me laisser gagner par des présens , le marché ne leur serait pas revenu ; mais que , puisque le roi se reposait sur ma fidélité , je l'étendais jusqu'où elle devait aller. Le chancelier, Fresne et La Grange-le-Roi , piqués au vif du reproche renifermé sous ces paroles, osèrent soutenir d'abord qu'un marché par lequel le roi perdait plus de moitié lui était pourtant plus avantageux , lui étant payé argent comptant, que les miens par lesquels je donnais ordinairement aux acheteurs le terme de six mois pour le paiement de la seconde moitié. Ils ne s'en tinrent pas là, ils me reprochèrent de m'ériger en réformateur des finances , et me déclarèrent avec un air de mépris qu'ils sauraient bien soutenir leur marché contre le mien , et qu'un simple particulier ne devait pas présumer de faire casser un arrêté de tout le corps; sur cela passant outre, le conseil statua que son adjudication à Robin de Tours aurait lieu.

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