‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 152 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

Je ne jugeai pas à propos de lâcher un seul mot de plus sur cette injustice, non plus que sur le règlement qui fut fait en conséquence , qu'on n'aurait désormais aucun égard dans le conseil aux billets particuliers ; mais lorsque le secrétaire Fayet m'apporta ce bel arrêt à signer , je refusai de le faire, jusqu'à ce que j'eusse reçu du roi la réponse à une lettre dans laquelle , comme je le dis à Fayet, je n'épargnais ni la vérité ni les personnes. Cette lettre fit peur à Fayet, et je ne le disais pas à autre intention : il me pria de la lui montrer, et je feignis de me laisser aller à ses instances. Elle roulait toute entière sur les souterrains que Robin avait pratiqués pour gagner messieurs du conseil, et que j'avais heureusement découverts. Le roi y aurait appris que ce qui avait mis le conseil si fort dans les intérêts de Robin , c'est que ce partisan était allé faire à la marquise de Sourdis , maîtresse du chancelier , les mêmes offres que j'avais rejetées , et qu'il y avait joint d'autres présens à madame de Deuilly, autre maîtresse de Fresne, et parente du même chancelier. Le contenu de ma lettre ayant été rapporté par Fayet aux intéressés, on le renvoya bien vite me conjurer de ne pas faire partir la lettre. L'arrêt fut supprimé avec le marché de Robin.

C'est ainsi que je partageais mon travail entre le soin de percevoir les deniers de l'état et celui

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de les employer si utilement pour les besoins de l'armée, qu'elle ne manquât de rien, soit pour les yivres, soit pour l'artillerie pendant tout le temps que dura le siège d'Amiens. Je faisais régulièrement tous les mois lin voyage au camp, voitufant avec mcn chaque fois quinze cent mille écus, ce qui m'attirait l'amitié de tous les colonels , peu accoutumés à une si grande régularité dans le paiement. J'étendis mon attention jusque sur le simple soldat^ en établissant dans le camp un hôpital si bien et si commodément servi , que plusieurs personnes de qualité s'y retirèrent pour se faire guérir de leurs maladies ou de leurs blessures. Le soin en quelque manière excessif que le roi prenait pour la conservation de ma personne me payait avec usure de toutes mes peines. Saint-Luc, entre les mains duquel le comte de La Guiche s'était démis de la charge de grand-maître de l'artillerie , m'ayant invité à dîner dans le troisième de ces voyages, me mena voir tous ses logemens, sachant mon affection pour cette partie de l'art militaire : ce qui m'engagea fort avant dans les tranchées et dans d'autres endroits qui n'étaient pas sans danger. Le roi, à qui on le rapporta, m'en fit une réprimande des plus sévères, et y joignit une défense très-positive de me trouver à aucun poste où il y aurait le moindre risque à courir : il dit hautement à cette occasion que

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