‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 153 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

j'avais des ennemis jusque dans le camp, si animés à me perdre, qu'ils s'exposeraient eux-mêmes vch lontiers à périr , pourvu qu'ils me fissent partager ce danger avec eux. Il était bien difficile d'avoir été homme de guerre sans sentir rallumer sa pre-^ mière passion aux côtés d'un prince qui ne trouvait aucune fonction au-dessous de lui , et qui les remplissait toutes avec une assiduité et un courage capables de réchauffer les plus insensibles.

Son exemple ne produisit pourtant pas son effet sur tout le monde. Il se formait au milieu de son camp même une cabale de protestans mutins, ayant à leur tête MM. de la Trimpuille, de Bouillon et Duplessis , qui lui donnait le plus cruel cha* grin. Étant ailé prendre congé de ce prince sur le point de mon départ pour revenir à Paris , je le trouvai dans une profonde tristesse. Il venait de recevoir des nouvelles certaines que ces trois messieurs, de concert avec les deux Saint-Germain , de Clan et Beaupré , d' Aubigné ' , La Case , La Val*

' Théodore* Agrippa d' Aubigné, riiistorien; sa naissauce, ses services et son esprit lui acquirent beaucoup de crédit dans le parti calviniste. Il se retira en i6ao à Genève, où il mourut en i6ai > âgé de quatre-vingts ans, laissant un fils , .Constant d' Aubigné, dont feu madame la marquise de Maintenon (Françoise d' Aubigné) était fille. Abdias de Chaumont, seigneur de La Berticbère, frère de Jean de Chaumont, marquis de Guitry ; sa postérité subsiste encore aujourd'hui. Hector de Préaux.

33a MÉMOIRES DE SULLY.

lière , La Saussaie , La Bertichère , Préaux , Bassignac, Regnac, Bessais, Constant et quelques autres réformés, au nombre d'environ une vingtaine, avaient tenu une assemblée de tout le corps des religionnaires , dans laquelle ils avaient ouvert et favorisé de toutes leurs forces l'avis de profiter de la conjoncture du siège d'Amiens % qui ne pouvait être achevé sans eux , pour arracher du roi un édit qui leur donnât une entière satisfaction , ou, à son refus, se faire raison par les armes. Heureusement cet avis avait trouvé beaucoup d'opposans dans l'assemblée, aussi bien que dans une partie des grandes villes qu'on avait tâché d'y amener. C'est ce qui rassurait un peu sa majesté ; mais elle avait sujet d'appréhender que les plus échauffés ne l'emportassent à la fin. Elle m'ordonna d'écrire à quelques-uns des principaux pour leur faire prendre, s'il était possible , des sentimens plus raisonnables, et surtout au duc de La Trimouille , qu'on savait être le principal promoteur du complot.

J'avais conservé jusque-là une assez grande liaison avec la Trimouille. Il avait même cru de-? voir me faire part de ces assemblées ; mais il m'en

' Il est certain que c'est à la conjoncture du siège d'Amiens, et aux mouvemens que se donnèrent les calvinistes de France pour en profiter, qu'ils eurent l'obligation du fameux édit de Nantes, qui leur fut accordé l'année suivante.

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