‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 154 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

avait déguisé le sujet, et il s'était jservi en m'écrivant de termes si concertés , qu'il m'était facile de juger que j'étais regardé de ces messieurs comme un homme infidèle à son parti, et que La Trimouille n'était pas éloigné de se porter à la désobéissance. Je ne laissai pas pour cela de me servir de ce reste de commerce que j'avais encore conservé avec lui pour essayer de le faire rentrer dan3 son devoir. Je lui mandai que, quand même il serait vrai que le roi fût à son égard tel qu'il le supposait, il n'y avait pour lui ni honneur ni grandeur à en extorquer une déclaration due à la seule nécessité; mais que le prince conservait pour tout le corps ses anciens sentimens; qu'il n'hait point la cause du peu de justice que les catholi-^ ques leur rendaient , puisqu'il n'en avait pas moins à souffrir lui-même; qu'au reste il fît attention que les suites de cet édit, obtenu à contre-temps, ne seraient pas autant à leur avantage qu'ils se l'imaginaient, parce que les cathoUques, toujours plus forts qu'eux, étaient bien en état de l'empêcher pour le présent, et que pour l'avenir le roi, justement indigné de la violence qu'on lui aurait £ûte , perdrait le dessein de leur accorder un jour de son plein gré ce qu'ils voulaient mal à propos anticiper aujourd'hui; qu'ils n'allaient faire autre, chose que mettre en garde contre eux, et jeter dans la défiance le parti catholique, par l'éclat

d'une af&ire. manquée. Je rappelais à La Tri*mouille l'exemple de ces illustres protestans qui disaient en toute occasion et montraient par leur conduite qu'un protestant qui conforme ses actions à sa croyance ne perd jamais de vue le bien de l'état ni le véritable intérêt de son roi. La Trimouille, peu touché de ma lettre , la montra à tout le monde, et en fit des railleries publiques. Mais ces desseins échouèrent faute d'un assez grand nombre de partisans.

La grande-maîtrise de l'artillerie vint à vaquer pendant le quatrième séjour xjue je fis au camp. Saint-Luc ' regardant entre deux gabions , où à peine.y avait-il passage pour un boulet de canon , son mauvais destin y en apporta un qui le renversa mort:. Je m'entretenais seul avec le roi lorsque ViV» leroi et Montigny vinrent lui apprendre cette nouvelle : ce qu'ils firent en secret, à cause des prières qu'ils avaient à y joindre au sujet de cette charge. BTétant rapproché lorsqu'ils eurent quitté sa majesté, elle m'apprit la mort de Saint-Luc et la demande que Villeroi et Montigny venaient de lui faire de la grande-maîtrise; le premier, pour son fils d' Alincourt , ou son neveu Châteauneuf-L'Au-

* ' François d'Épinai de Saint-Luc : on ne l'appelait que le brave Saint-Luc. Voyez son éloge dans Brantôme, Fies des hommes illustres, artiele Smnt^lMc^ tome 5, page 179.

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