‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 155 sur 239 · LIVRE NtUYIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NtUYIEME

bepine ' , et Montigny pour lui-même. Saint-Luc était homme d'esprit et d'invention , prompt , industrieux , plein de courage : on ne pouvait lui reprocher que le défaut de se livrer si fort à Fabondance de ses idées, qui fournissaient projets sur projets , qu'il donnait à l'imagination une par* tie du temps que demandait l'exécution : cepen* dant le roi ne trouvait aucun des proposés capable de le bien remplacer. D'Alincourt manquait de fermeté, « et avait, disait ce prince, les ongles tn^ pâles. » Ghâteauneof ' cachait un manque d'esprit réel sous jon extérieur composé d'affectation et de grimaces. Montigny était à la vérité vaillant et affectionné; mais ces quaUtés, destituées d'un esprit de ressource, d'ordre et d'économie , ne suffisent pas dans un poste aussi considérable.

En discourant de la sorte avec moi , sa majesté ne me parut balancer à m'en gratifier moi-même que parce qu'elle croyait cette fonction incompatible avec celle de surintendant des finances. Il ne me fut pas difficile de la détromper, et elle me donna dès ce moment sa parole ; mais elle remit cet effet de sa bonne volonté après le siège, pen* dant lequel elle allait laisser cette charge vacante ,

' Charles de L'Aubépine, marquis de €héteâuneof. François de La Grange , seigneur de Montigny.

* Il fut fait garde des sceaux en i63o, et s'en démit en i&^y

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ma présence lui paraissant nécessaire à Paris. Je ne vis point le roi de tout le jour suivant; et malheureusement pour moi il vit madame de Monceaux, qui n'omit rien pour le faire changer de résolution en faveur du vieux d'Estrées ' , son père. Le roi tint bon contre les prières, et même contre les larmes; mais il céda à la menace qiie la dame fit de se jeter dans un couvent, s'il lui refusait cette grâce, et elle ralluma si bien par cette feinte toute la passion du prince pour elle^ qu'elle obtint enfin la grande-maîtrise. Le roi m'apprit le jour suivant ce qui s'était passé, avec quelque confusion de sa faiblesse. Il avait encore ménagé mes intérêts, du moins en une chose : c'est la condition qu'il avait mise que d'Estrées, qui était en toute manière incapable d'exercer cette charge par lui-même, s'en déferait pour la pre^ mière charge de la couronne qui viendrait à vaquer, et absolument, s'il survenait une guerre considérable, en faveur de celui que sa majesté lui nommerait , et elle m'engagea de nouveau sa

' Antoine d'Estrées. « Lui mort (Saint-Luc), M. d'Estrées « a succédé à sa place , comme le méritant bien , pour l'avoir « bien appris de son brave père : ainsi , quoiqu'il tarde ^ le « droit et la vérité rencontrent leur tour ; car on lui avait fait « tort qu'il n'eût cette charge après la mort de son père : enfin, '< la vérité et le droit ont vaincu là pour lui. » Brantôme , Fies des hommes illustres y tome 5, page i8o, article <5^'^a~ trées.

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