‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 156 sur 239 · LIVRE ITEUYIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ITEUYIÈME

parole qu'elle n'en nommerait point d'autre que moi.

Je me contentai de cette assurance, et je repris le chemin de Paris , où peu de jours après je reçus du camp la nouvelle de la mort de mon jeune frère , gouverneur de Mantes ' , que j'avais laissé en bonne santé. De quatre frères , cette seconde mort nous réduisit à deux. Le roi refusa tous les prétendans au gouvernement de Mantes pour m'en revêtir, même sans que je le lui demandasse. J'en reçus le don par la même lettre que sa majesté m'écrivit sur cette mort, avec les pièces nécessaires pour passer dans tous les droits de mon frère , mort sans enfans. J'envoyai Baltasar , mon secrétaire , à Amiens , prendre les provisions de gouverneur, et sitôt que je les eus reçues, j'allai me faire reconnaître à Mantes , où je ne voulais passer que quatre jours.

Messieurs du conseil , qui crurent que mon absence serait beaucoup plus longue , et même qu'elle serait suivie d'un abandon des affaires des finances , n'en sentirent pas peu de joie ; et pour commencer à en profiter, ils prirent leurs mesures pour s'approprier une partie des fonds destinés

• Salomon de Béthune, baron de Rosny, gouverneur de Mantes ; c'est le troisième des quatre frères dont il est parlé au commencement de ces mémoires : il n'avait que trente-six ans lorsqu'il mourut

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srti siège d'Amiens. Us signèrent tous une lettre écrite à sa majesté au nom du conseil , dans laquelle ils Favertlsisaient que , n'ayant manqué de rien depuis cinq mois , elle ne devait pas être surprise en apprenant que ses fonds étaient entièrement épuisés , n'y ayant plus que quelques méchans restes et appoints de pâiemens. Henri , qui ne me savait point à Mantes, et qui, par un effet de sa vivacité ordinaire , n'examina p<Hnt les signatures de cette lettre, en fiit d'autant plus, surpris, que je l'avais assuré très «positivement que j'étais en état de lui fournir les sommes ordinaires pendant quatre mois , qui était tout le temps que pouvait durer le siège. 11 invectiva contre messieurs du conseil d'ime étrange manière en présence des principaux ofQciers de son armée , et pour cette fois je ne fus guère plus épargné qu'eux. Mais ayant jeté les yeux par rè;âeiKÎon sur les noms souscrits dans la lettre, parmi lesquels il ne trouva point le înien , et ayant su du courrier* que j'étaiis à Mantes , il condamna aussitôt sa précipitation , et, afin que rien ne manq^t à la r^aratkm qu'il nci'en fit, U lut ma réponse à la lettre qu'il venait de m'écrire en présence des mêmes témoins.

Il était de son intérêt de les rassurer. Un siège assurément très-pénible les rebutait quelquefois, eux et leurs soldats, au point que le tarissement

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