‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 157 sur 239 · LIVRE NEUVliMIÎ · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVliMIÎ

des fonds aurait été capable de les faire déserter , puisque, sur le moindre retardement des voitures, le roi ne pouvait empêcher que plusieurs ne l'abandonnassent. Tout alla bien jusqu à la fin. Si les assiégés se défendirent avec vigueur et firent sorties sur sorties , on les attaqua de même , et ils furent toujours défaits.

La sape était poussée jusqu'aux remparts , et les assiégeans venaient de s'emparer de deux casemates , qu'on rendait inutiles aux assiégée , lorsque le cardinal-archiduc , avec le comte de Mansfeld, qui lui servait de lieutenant-général, Jugea qu'il était temps de faire un effort pour empêcher la réduction de la place. Il s'y achemina avec une armée de douze à treize mille honnnes d'infanterie, et de deux mille cinq cents à trois mille chevaux , et passa la rivière d'Authie , dans l'intention de livrer bataille , ou du moins de jeter un secours considérable dans Amiens. Tous ceux qu'il essaya d'y faire entrer fiirent repoussés*.

* « "Péréûxe rapporte encore ce fait très-différemment. L'ar- .< chiduc, dit-il, se présenta au quartier de Long-Pré (le i5 scp- < teinbre, à deux heures après midi ), lorsqu'on ne s'y atten- « dait point.... Il ne tint qii'à Ini de jeter trois mille hommes « dans Amiens, tant Tépouvante fut grande au camp. Henri « douta du sucôès de la journée.... Ah ! Seigneur, dit-il à haute « voix , s'appuyant sur Tarçon de sa selle , ayant le chapeau à « la main, et les yeux levés au ciel, si c'est aujonrdliui que tu •c me veux punir eomme mes péchés le méritent, j'offre ma

34o MÉMOIRES DE SULLY.

Le roi alla reconnaître lui-même l'armée ennemie, il la vit par-devant et par-derrière , et il n'aurait pas balancé à l'attaquer , malgré la supériorité du , nombre , parce qu'il trouva une multitude confuse, sans conduite, ni discipline; mais, à la première démarche qu'il fit, l'archiduc ne songea qu'à se retirer avec précipitation ' . 11 n'était peut-

« tête à la justice, n'épargne pas le coupable; mais, Seigneur, « par ta sainte miséricorde, prends pitié de ce pauvre royaume, « et ne frappe pas le troupeau par la faute du berger... Voyant « que rien ne paraissait, il se retira mal satisfait, disait-il gaa lamment, de la courtoisie des Espagnols, qui n'avaient pas « voulu s'avancer d'un seul pas pour le recevoir , et avaient « pefusé de mauvaise grâce Thonneur qu'il leur faisait. »(Perç^, a* partie. ) Presque tous les historiens conviennent que les Espagnols laissèrent échapper une des plus belles occasions qu'ils eussent jamais eues de battre l'armée du roi , et ce prince disait lui-même depuis qu'il y eut des principaux officiers de son armée qui lui dirent que tout était perdu. Matthieu, tome 2, liv. a, page 234.

' Le roi dit du cardinal-archiduc , qu'il était venu en capitaine, et s'en était retourné en prêtre. La Curée demanda au roi, avec instance, qu'il lui permît d'aller reconnaître l'armée ennemie, en .faisant souvenir sa majesté que. les Espagnols étaient entrés quatre fois en France, et que toutes les quatre fois il les avait attaqués et battus le premier. Henri lui répondit : « M. le curé^ ne vous mettez point en colère, » et le lui permit. La Curée se fit remarquer en cette occasion par sa bravoure et par la belle retraite qu'il fit devant cette armée, campée à Betancourt, à quatre lieues d'Amiens. Il dirait pourtant ensuite là-dessus que, lorsque trois ou quatre cents hommes se retirent ainsi devant une armée entière , c'est U

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