LIVRE SIXIEME. 3l
héritier malgré lui , et se servant contre lui de ses propres biens. Si de ce mariage il provenait des enfans , comme on ne pouvait guère en douter , autre sujet d'inquiétude pour ^sa majesté, qui n'en avait point
Il me prit un frémissement lorsque le roi me donna un pareil qrdre. Je voulus encore lui rappeler que Villars allait s'engager pour toujours avec les ennemis , aussi bien que Medavy et plusieurs autres gouverneurs de Normandie, si je n'accourais promptement dans tous ces endroits. . C'était une chose résolue : le roi ne m'écouta point; et il ne m'accorda que ce que je lui demandais pour pouvoir réussir; je veux dire qu'il ne donnerait aucun lieu de soupçonner qu'il m'eût chargé de cet emploi, et qu'il me laisserait le choix des moyens.
^Lorsque je fus seul, et que je fis réflexion à la commission que je venais de recevoir, j'avoue que je me retrouvai dans le dernier embarras. De l'humeur dont je connaissais madame Catherine , à qui il s'agissait d'arracher cet écrit , je sentais bien que toute l'éloquence humaine n'était pas capable de lui faire gojâiter les desseins du roi sur sa personne. Quelle apparence d'aller proposer à une femme et à une princesse de renoncer à un amant qu'elle aime pour se livrer à un autre qu'elle hait? Il ne restait donc de ressource qu'en
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la trompant. Pour cela, je me dis a m.oi-méme que, si ce n'était pas selon son cœur que je la trompais , c'était du moins pour ses intérêts , et pour détourner les^malheurs que l'irrégularité de sa conduite pouvait attirer sur le royaume et la personne du roi ; qu'elle m'en aurait un jour obligation elle-même ; que je l'empêchais par un innocent artifice de perdre sa fortune avec l'amitié du roi son frère. Malgré tout ce que ces raisons avaient de spécieux, il fallait toujours que je con- ^ vinsse que je n'agissais pas avec elle de bonne foi ; et cette idée me faisait de la peine. Si je m'y déterminai , ce fut par l'impossibilité de réussir autrement, et par l'espérance qu'un jour j'en obtiendrais le pardon d'elle-même , en la faisant convenir qu'en cela je lui avais rendu un service réeL Pour le comte, outre que je n'avais point à m'adresser à lui, et que je ne lui étais que trèf% peu attaché, les égards que je devais à sa personne n'étaient plus à compter pour rien, puisqu'ils: étaient contraires à l'utilité publique , et à ce qu'exigeait de moi le service du roi. Toute cette affaire m'a dans la suite causé des chagrins dont il semble que ma répugnimce et mes scrupules auraient dû me préserver.
Je trouvai ensuite une autre difficulté. Je voyais fort rarement Madame , à cause de mes occupations continuelles, et je la connaissais assez pour