LIVRE SIXIÈME
ne pas douter que , de quelque manière que je m'y prisse pour en obtenir la pièce dont il était question, l'assiduité que je lui témoignerais ne manquerait pa^ de faire naître aussitôt dans son esprit <haturellement défiant des soupçons qui la mettraient en garde contre tout ce que je pourrais lui dire ou lui faire dire. Je cherchai à faire en sorte qu'elle me prévînt elle-même. Je me servis pour cela des deux du Perron , que je savais' être d'humeur, surtout le jeune, à faire leur cour aux grands aux dépens d'un secret. Je n'avais pas une aussi grande liaison avec celui-ci qu'avec l'évéque d'Évreux; mais on ne risque rien à compter sur la bonne opinion qu'ont tous les hommes de leur mérite; sur cet article, ils commencent toujours par être leur dupe à eux-mêmes. J'allai donc trouver le jeune du Perron ; je le flattai , je m'insinuai dans son esprit par de fausses confidences ; il se regarda comme un homme important, et crut par vanité tout ce que je lui disais. Lorsque je le vis enivré de son amour-propre, je lui dis avec toutes les marques de la plus parfaite sincérité , et en exigeant même avec serment un secret que j'aurais été bien fâché qu'il m'eût gardé, que le roi m'avait confié ses intentions au sujet de Madame ; qu'il était résolu de la faire épouser à M. le comte; que quelques petites difficultés qui restaient encore à aplanir avaient empêché sa II. 3
34 MÉMOI&ES DE SULLT.
majesté de rendre là-dessus sa volonté publique. Je ne donnai que deux jours à du Perron pour se décharger d'un fardeau si pesant, de manière qu'il fit passer ma nouvelle jusqu'à madame Catherine. En effet, il en fit la confidence presque dans le moment à M. de Courtenay ' et à deux autres des plus intimes confidens du comte de Soissons^ auquel il coururent l'apprendre, et celui-ci ^à Madi^me et à la comtesse de Guiche.
J'avais compté que la princesse , flattée par une si agréable espérance, ferait vers moi les premières avances, et je ne me trompai point. Etant allé prendre congé d'elle en homme prêt à entreprendre un long voyage, j'eus la preuve complète de la fidélité de du Perron. Madame ajouta beaucoup à la distinction avec laquelle elle me recevait ordinairement; et la comtesse de Guiche, qui ne voulut rien perdre d'une occasion si favorable f après quelques discours indifférens de ma part, se hâta de mettre sur le tapis l'article des amours de la princesse et du comte, qui était présent ; et m'embrassant dans un transport de bonne amitié : « Voici, dit-elle aux deux amans, un homme « qui pourrait vous servir dans vos desseins. » Madame reprit la parole, et me dit que je savais bien que M. le comte et elle avaient toujours eu beaucoup d'amitié pour moi, et qu'elle me serait
' Gaspard de Courtenay.
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sensiblement obligée de lui aider à rentrer dans les bonnes grâces du roi son frère. Elle ne me dit que ce peu de paroles, et elle laissa le soin de m'en dire davantage à cet air gracieux et engageant qu'elle savait mieux prendre que femme du monde quand elle le voulait. Je fis semblant d'en être gagné. Après avoir remercié la princesse comme je le devais, j'ajoutai que, si je pouvais compter sur la discrétion des personnes qui m'écoutaient , je leur apprendrais plusieurs choses qui ne leur seraient pas indifférentes. Le secret ne coûte rien à promettre aux femmes, qui sont accusées de le garder si mal. On le promit. On y ajouta le serment ; et on en fit mille : mais je n'avais pas envie de m'onvrir davantage pour cette fois; je leur demandai un délai de trois jours avant que de leur confier le reste. On m'aida à trouver un prétexte poor remettre le voyage de Rouen , et je pris congé de la compagnie, qui attendit impatiemment le &rme que j'avais marqué.
Je retournai ponctnellement au bout de trois jofors. Je me fis encore presser Long-temps; ^ifin , feignant de céder à rimportunité de ces 4âiu% dbmcs. je knr dis qu'^ayant plusM^rs lois notule le roi sur le mariage en question ^ il m^avait d'abord montré quelque ^ÀfOhmD^^i d'y cooMKitir, ans i^oiilaîr i^^xp^wr da^acitaç^ avé:/: moi ; qu« je favâs tant prewé de m'oitvrsr ma €M*$r yur Cff
sujet, qu'enfin il m'avait avoué que, loin de sentir aucune répugnance à conclure cette union , il la trouvait bien assortie ; qu'il aurait été ravi qu'au défaut d'enfans de son côté , il pût en avoir de sa sœur et d'un prince de son sang, qu'il regardât comme les siens propres ; que le caractère doux et paisible du comte de Soissons et de Madame était fort de son goût : mais qu'il sentait toujours qu'il avait de la peine à oublier que le comte eût cherché à le tromper et à obtenir sa sœur sans son aveu. Ce discours, dont j'avais concerté toutes les paroles, fit son effet. Ces trois personnes commencèrent à convenir qu'elles auraient pu agir autrement qu'elles n'avaient fait , et à s'entr'accuser du conseil qui avait conduit cette affaire avec tant d'indépendance. Je pris ce moment, que j'attendais , pour leur faire connaître que je croyais ce mal tout-à-fait facile à réparer ; que le roi étant naturellement bon et facile à oublier le passé , il ne s'agissait que de tenir avec lui un^ conduite tout opposée; le rechercher, paraître dépendre uniquement de lui^ le laisser le maître de leurs personnes; enfin, et c'était là le grand point, lui sacrifier l'engagement par écrit que les deux amans s'étaient donné, comme étant ce qui l'avait leplus aigri, et ne pas craindre d'y ajouter une déclaration, même écrite, par laquelle ils renonçaient tous les deux à s'épouser , s'ils n'avaieat i