‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 161 sur 239 · LIVRE NEUVIÈMK · texte numérisé non relu

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de Dourlens. Les Espagnols se tinrent sur leurs gardes, et à cet égard il ne resta aux Français d'autre avantage que l'honneur d'avoir cherché à finir la guerre par une action qui contribua bien autant que tout le reste à Caire désirer la paix au roi d'Espagne.

Il en alla tout autrement de l'entreprise de Dourlens, à laquelle on s'obstina. Lie roi me manda à Paris , où j'étais retourné , sa dernière résolu*^ tion sur ce sujet. Je ne craignis point de lui re^ présenter encore plus fortement les raisons qui m'avaient empêché de goûter cette opinion , que son armée, ayant considérablement souffert au siège d'Amiens , n'était point en état d'eu entreprendre un second aussi rude au mois d'octo» bre , temps où les pluies rendraient impraticable le terrain de Dourlens, naturellement gras et gluant , et en présence d'une armée qui ne cher* chait qu'à prendre sa revanche. Le roi ne me sut point mauvais gré de cette liberté; mais il ne se rendit point à mes raisons. II me manda que l'expédition de Dourlens était absolument nécessaire pour conserver Amiens et Abbeville; qu'en rassurant* la Picardie, elle facilitait la vente des nouveaux offices , et qu'il tacherait de faire en sorte qu'elle ne durftt pas aussi long-temps que je l'appréhendais.

Dourlens fut donc investi le neuf octobre , et

dès le treize les pluies avaient tellement endom*^ mage le terrain et gâté les chemins, que les travaux n'avançaient plus. Villeroi m'écrivit qu'on se repentait déjà de cette tentative. En effet le roi partit presque aussitôt de son quartier de Beauval , et vint à Belbat , où il donna les ordres pour la levée du siège. Quoiqu'il eût peu duré , les soldats avaient déjà tant souffert, qu'ils furent près de se débander. Le roi leur fit payer la montre , les mit en quartier d'hiver sur la frontière , y laissa sa cavalerie légère , retrancha une partie des garnisons que la surprise d'Amiens avait obligé de jeter dans les places voisines , et revint passer Phiver à Paris , prenant sa route par Rouen , et par Monceaux , où il séjourna une huitaine.

C'est de cet endroit qu'il me donna ses ordres de faire lever les difficultés que le chancelier de Chiverny faisait au parlement, d'ériger en présidial son comté d'Armagnac et de Lectour, et de destiner les deniers qui en proviendraient au paiement des dépens auxquels sa majesté avait été condamnée au parlement envers le sieur de Fontrailles, comte d'Armagnac, pour un procès porté en, cette cour. Comme Madame ^aurait pu avoir quelques droits sur cet argent en vertu de la cession que le roi son frère voulait bien lui faire de tous ses biens en cette province , ce prince m'ordonnait, de tenir la chose secrète, et prit la même

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