LIVRE ITEUVIÈME
précaution auprès de Fontrailles et du chancelier ; celui-ci obéit fort mal; mais son indiscrétion Alt inutile, Madame étant sortie peu après de la cour de France. Le roi m'avertissait dans la même lettre de payer Demeurât, son procureur à Riom, aussi bien que La Corbinière , qui était chargé de l'entretien des troupes laissées en Picardie. C'était dans ces momens de loisir qu'il portait son attention jusque sur les plus petits objets. Il me fit donner au sieur de Piles, ancien et fidèle serviteur, une gratification de trois mille écus , et une autre de huit mille livres à Gobelin , qui entretenait sa maison, en le remboursant de seize mille livres qu'il ayait avancées ; il n'y avait point de nom , jusqu'à celui de la pauvre receveuse de Gisors , qui n'eût le droit de tenir quelque place dans ses lettres.
La misère du peuple ' , qui assurément était excessive, ayant jeté beaucoup de non-valeurs dans le recouvrement des impôts, le roi se douta que messieurs du conseil, qui étaient fort ardens à représenter, et même à grossir ces non-valeurs, pouvaient bien, après en avoir obtenu une décharge pour le peuple, en retirer dans la suite
' Bongars , décrivant dans ses lettres la désolation que les guerres civiles avaient causée dans le royaume, assure, entre autres choses^ que les grands chemins étaient si couverts de ronces et d'épines , qu'on avait de la peine à en apercevoir la trace. Epist, 'jS,ad Camerar.
35o MEMOIRES DE SULLY.
pour eiix-méines dès sommes considérables ^ par leur attention à cacher cette décharge. Il m'ordonna de mlnstruire , en premier lieu , si le peuple était véritablement autant en retard pour les années 1 5g4 et 1 5^5 que ces messieurs voulaient le lui faire croire ; ce qui était facile , en vérifiant eMCt«[nent les états de recette et de dépense des receveurs-généraux et particuliers , et en visitant les élections de ces mêmes généralités où je m'étais déjà transporté. Secondement , si ce vide dans les impôts ne venait point de fainéantise ou de désobéissance de la part du peuple.
Enfin une autre affaire importante dont sa majesté commença à s'occuper à Monceaux , c'est là confection des articles dont il avait envie de con« venir avec les protestans. Il en pressait depuis long-temps le chancelier Villeroi , et j'étais chargé d'y tenir la main ; mais il se serait encore plaint long-temps de ce que ces messieurs répondaient si mal à son intention , s'il n'était pas venu exécuter lui-même son projet à Paris ' .
Ces deux dernières affaires , qui concernent les financiers et les protestans , auraient demandé tin loisir dont le roi se trouva bierf éloigné lorsqu'il
' (« li dit à la maison de ville qui vint le complimenter sur « l'expédition cl' Amiens , en montrant le maréchal de Biron : « Messieurs , voilà le maréchal de Biron , que je présente to- ^ loutiers à mes amis et à mes ennemis. » Péréf, 2* part.