LIVRE NEUVIÈME. 35 ï
fut arrivé à Paris. Il lui fallut s'appliquer à £siire de nouveaux préparatifs pour passer au printemps suivant en Bretagne, où les rebelles, se sentant éloignés de la vue du souverain, perpétuaient im* punément le désordre et b désobéîssanoe. Le duc de Mercœur , qui était à leur tête , n'osait {)our* tant favoriser publiquement la révolte; au eon^* traire les lettres qu'il écrivait au roi n'étaient remplies que de témoignages apparens de sou« misaion , et il ne s'étudiait depuis deux ans qu'à L'amuser par de feintes propositions , dont il savait toujours éluder l'accomplissement. Le roi , de son côté, avait toujours pris le parti de dissimuler avec le duc, et s'était contenté jusque-là de tendre les bras aux officiers de cette province, qui, rebutés des longueurs de Mercœur, s'étaient adressés directement à sa majesté; mais enfin ce prince jugea qu'il était temps d'aller attaquer ce sujet rebelle jusque chez lui '. C'est à quoi nous nous occupâmes le plus secrètement qu'il fut possible pendant cet hiver.
Il eût été inutile de l'entreprendre sans un
' Un des amis àvt due de Mercœur lui ayant demandé un jour s'il songeait à se. faire duc de Bretagne y il lui répondît :: f( Je ne sais pas si c'est un. songe ^ mais il y a plus de dix an& » qu'il dure. » La duchesse de Mercœur avait pour aïeule Charlotte , héritière de la maison de Penthièvre , dont les droits prétendus sur le duché de Bretagne étaient apparemment le fondement de ceux du duc de Mercœur.
352 MJÉMOIRES JDE SULLY.
corps de douze cents hommes d'infanterie, dé deux mille de cavalerie, et une artillerie de douze canons au moins; et ces troupes ne pouvaient être prises sur les six mille fantassins et les douze cents chevaux que le roi avait jugés nécessaires à la défense de la frontière de Picardie, et qu'il avait commis à la garde du connétable , aidé des concis de MM. de Bellièvre, de Villeroi et de Sillery. Il fallait encore retrouver des fonds nouveaux pour tous les gens de guerre. Il n'était plus guère possible d'augmenter les impôts , autrement qu'en s'attachant à en diminuer les frais de perception; ce qui est une augmentation très-réelle, du moins pour le roi. Je m'appliquai avec cela à ramasser toutes les dettes restées en arrière , et à rétablir les parties égarées , à quoi je joignis quelques nouvelles levées, mais en petit nombre et peu gênantes.
Sans ces secours, le roi aurait été obligé d'entendre à la paix , et elle ne pouvait se faire alors que d'une manière fort avantageuse pour TEspagne. Le pape Clément VIII la désirait ardemment. Dès long-temps avant la campagne de Picardie, il avait envoyé le cardinal de Florence, son neveu, en qualité de légat, la proposer au roi, pendant que Calatagironne % patriarche de
' I^ P. Bonaventure de Calatagironne , général de Tordre de Saint-François.