‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 164 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

Constantinople ' , prenait par ordre de sa sainteté la route d'Espagne à même fin. Le commencement de la négociation n'avait pas été heureux. Le roi , plus irrité qu'abattu par Finvasion d^Amiens , s'était contenté de répondre fièrement au cardinal de Florence qu'il remettait à l'écouter après qu'il aurait repris cette place. Lé roi d'Espagne de son côté, quoiqu'il n'eût vu recottmiencer la guerre qu'avec chagrin , avait fondé de grandes espérances sur ses succès en Flandre , et en particulier sur là surprise de la ville d'Amiens , dont la possession pouvait lui assurer celle de tout le pays voisin de l'Oise jusqu'à la Seine.

Les expéditions de la campagne, plus favorables à la France, rapprochèrent Tun et l'autre d'un raccommodement. Philippe connaissait Henri pour un prince avec lequel il était aussi difficile de garder ses avantages que d'y en joindre de nouveaux. D'ailleurs il avait dès-lors un pressentiment qu'il ne relèverait pas de la maladie dont il se sentait attaqué. Cette vue le ramenait sur le malheur de laisser en mourant le prince son fils aux prises avec un ennemi tel que le roi de France. Il prêta Toreille aux conseils de Calatagironne, qui ne se fut pas plus tôt assuré de ses dispositions , qu'il revint à Rome en informer le pape , et en fut de nouveau député en France , pour instruire de

' Alexandre de Mcdicis.

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ses succès le cardinal de Florence , et travailler de concert avec lui.

Ces deux éminences reprirent donc leurs premières sollicitations auprès de Henri, et lui disaient souvent que la paix ne dépendait plus en quelque manière que de lui. Le roi , qui était détrompé à son tour des grandes et flatteuses idées dont il s'était rempli sur la foi de ses courtisan^, les vit revenir avec plaisir, quoiqu'il se fît beaucoup rechercher. Enfin il déclara aux deux négociateurs qu'il ne s'opposait point à la paix, mais à condition que l'Espagne lui rendrait tout ce . qu'elle possédait dans ses états. Les légats lui laissèrent entrevoir qu'il pouvait l'obtenir , et le roi leur répondit que sur ce plan il consentait qu'ils traitassent et conclussent avec les trois ministres qu'il avait laissés en Picardie, auxquels il les adressa; pendant que, pour ne pas perdre les armemens qu'il avait faits , ni consumer en pourparlers un temps précieux, il partit pour la Bretagne.

On était au commencement de mars. Le roi prit sa route par Angers, et ordonna à son armée de le suivre à petites journées. Il consentit que son conseil suivît aussi , mais après qu'il aurait fait tous les arrangemens nécessaires pour qu'il ne manquât rien, soit à l'armée de Bretagne, soit aux troupes et aux commissaires de la paix en Picardie.

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