LIVRE NEUVIÈME
Comme j'en avais l'absolue diFection , et que rien ne me traversait , je mis en peu de temps les choses au point que je crus pouvoir sans crainte aller rejoindre sa majesté. Je m'attendais à la trouver déjà fort avant dans la Bretagne ; et ce ne fut pas sans une grande surprise que j'appris , en approchant d'Angers, que le roi n'avait pas encore passé cette ville. Le duc de Mercœur était perdu sans ressource, sans le service que lui rendirent en cette occasion les duchesses de Mercœur ' et de Martigues '. Elles commencèrent par obtenir , par le moyen de la marquise de Monceaux, un passe-port pour venir trouver le roi à Angers^. Iiorsqu'elles y forent arrivées, elles achevèrent de mettre la maîtresse du roi dans leur patti. La duchesse de Mercœur ^ lui offrit sa fille unique , pour en disposer en faveur de celui que sa majesté jugerait à propos ; et soiM^;teajp çiyjjl^lui donna à entendre qu'il ne tiéii^^ de
' Marie de Luxembourg , fille de Sébastien de Luxembourg, duc de Penthièvre , et vicomte de Martigues , femme de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur.
* Marie de Beaucaire , fille de Jean , seigneur de Pequillon , veuve de Sébastien de Luxembourg, mère de la duchesse de Mercœur.
' Elles y avaient devancé le roi, mais on leur en avait refusé rentrée. Elles se retirèrent au Pont-de-Cé, jusqu*à ce que le roi fût venu à Angers.
^ Françoise de Lorraine.
356 MÉMOiBES DE SULLY.
marier cette riche héritière avec César, son fils'. Cette alliance flattait $i agréablement la marquise de Monceaux, que, dès ce moment, regardant l'affaire du duc de Mer cœur comme la sienne propre , elle s'y employa avec ardeur , tandis que les deux duchesses mettaient en usage de leur côté toutes les soumissions, les promesses et le$ larmes qu'elles croyaient capables d'attendrir un prince connu par sa complaisance et son penchant pour les dames. Henri se laissa désarmer, et ne se souvint plus de châtier le duc de Mercœur.
Je n'eus pas plus tôt mis pied à terre dans Angers, que j'allai saluer le roi. Ce prince, qui, dès ma prfixi^ère parole, et à l'air seul de mon visage^ cojpprit tout ce que j'avais dans l'esprit, m'embrassa étroitement , et me pressant de ses deux bras la tête ç(M|ti*e sa poitrine : « Mon ami, me « dit«sy[^ :Spjgig|^iJle:ln0n-Yenu. Je suis très-aise de ce vous voir iciy ^r j y avais bien affaire de vous, ce Et moi. Sire, lui répondis-je, incapable de ces « lâches ménagemens que la flatterie inspire, et « moi, je suis très-fâché de vous y trouver en- « core. Il y a si long-temps que nous nous con- « naissons , reprit ce prince en m'interrompant ,
* « Les fiançailles furent célébrées à Angers , avec la même « magnificence que si c'eût été d'un fils de France légitime. Il « n'avait que quatre ans, et la fille six. » Péréf. a* part.