‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 166 sur 239 · LIVRE NEUVliîMH · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVliîMH

« que nous nous entendons à demi-mot l*un et a l'autre. Je mç doute déjà de ce que vous m^allez a dire; mais sf vous saviez ce qui se passe, et ce combien j'ai déjà -avancé le!s choses, vous chan- « gériez d'opinion. » Je répliquai que, quels que fussent les avantages dont il me parlait , il les aurait tous obtenus, et de plus considiÉmes mille fois, si, au lieu de s'arrêter à Angers ,*fl«e fût présenté devant Nantes, à la tête de son armée. Le roi cbercha à se disculper sur le manque d'instrumens propres à faire le siège de cette ville. Je repartis qu'il n'en aurait pas été besoin, parce que Nantes l'aurait prévenu par une reddition volontaire; et peut-être aurait livré le duc de Mercœur * entre ses mains. Il y avait plus que de l'apparence, surtout à l'égard du premier, que la chose serait arrivée comme je le disais, et le roi en convint. « Je ne reconnais point ici, ajoutai -je après « cet aveu, mon brave roi ; mais je nie tais, parce « que je vois bien ce qui vous a retenu. » Je ne craignais point avec ce prince les effets d'une trop grande sincérité. Il m'avoua tout avec un peu de confusion , et en s'en prenant à sa pitié natu-

* Tous les historiens conviennent que Henri IV était en état de faire repentir le duc de Mercœur de sa désobéissance. Il ne voulut jamais permettre que le duc envoyât à Vervins quelqu'un de sa part, et il protesta qu'il souffrirait plutôt éternellement la guerre que de consentir qu'un de ses sujets parût traiter ainsi en prince étranger avec lui.

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relie pour ceux qui s'humiliaient, et à la crainte de désobliger ôa maîtresse.

Nous ne nous entretînmes plu3* après cela que de nouvelles. Sa majesté venait de recevoir des lettres de la reine d'Angleterre par lesquelles elle lui donnait avis dfe l'envoi qu'elle lui faisait d'un ambassadfll|i[9 pour le porter , comme on le conjecturait%i%k beaucoup de vraisemblance j à continuer la ' "guerre. D'autres lettres de Bellièvre et de Sillery lui apprirent que les légats offraient de la part de l'Espagne de rendre toutes les villes de France prises pendant la^guerre , à l'exception de Cambrai. Le passage du roi en Bretagne avec des troupes, sans pour cela désarmer en Picardie , avait extrêmement surpris l'Espagne, et satisfait la cour de Londres , toujours attachée à abaisser la grandeur de cette couronne. Je conseillai à Henri de ne pas manquer la paix pour une seule ville, et de se contenter d'avoir mis l'ennemi hors de la Picardie et de la Bretagne.

Cette dernière province, qui soupirait depuis long-temps après la tranquillité, sentait tout ce qu'elle devait à sa majesté, dont la présence, à la tête d'une armée , pouvait seule lui procurer ce bien. Le parti de Mercœur devenait celui du roi ; les Espagnols n'étaient pas en état de tenir longtemps contre leurs troupes réunies. Blavet ' et

' Blavet , aujourd'hui le Port-Louis.

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