LIVRE NEUVIÈME. SSq
Douamenez, les deux endroits où ils étaient cantonnés en plus grand nombre, ne pouvaient manquer de subir bientôt le sort commun , et quelques jours suffisaient pour purger entièrement la province de tous les ennemis étrangers. Elle avait résolu d'assembler ses états , afin de ténmigner sa reconnaissance au roi, en lui accordant une subvention considérable. Sa majesté m'ordonna de continuer ma route en Bretagne, où, en attendant qu'elle y fut arrivée elle-même, je ferais faire la montre aux troupes , et les logerais ^ns les casernes, aux environs de Rennes et de Vitré, avec des ordres étroits d'y observer une exacte discipline; qu'ensuite je me rendrais à Bennes pour tenir la place de sa majesté dans les états , y hâter les délibérations des sommes promises, et prêter main-forte à en faciliter la levée. Pour Henri, il ne fut pas fâché de passer encore quelques jours à Angers , et il se 'servit du prétexte qu'il manquait encore quelque chose au traité du duc de Mercœur.
Je ne pouvais savoir mauvais gré à la duchesse de Mercœur d'avoir cherché à se faire accorder des conditions favorables ; cependant j'avais un si grand ressentiment contre elle de ce que le roi avait été la dupe die ses caresses, que je serais parti d'Angers sans la voir, si le roi ne m'y avait pas obligé, quoique je fusse allié de cette dame,
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par le même côté que j'ayais l'honneur de l'être à la maison royale, c'est-à-dire par la maison de Luxembourg*.
Il me remontra que, si ce motif, avec celui de la politesse française, ne me suffisait pas pour me faire faire cette démarche, la duchesse de Mercœur le méritait par ses sentimens pour moi, que la connaissance de mes intentions n'avait pas été capable d'altérer. Effectivement je fus reçu d'elle et de madame de Martigues avec une distinction et des égards infinis. Après quelques reproches doux et obligeans d'avoir cherché à ruiner elle et sa fille, ma petite parente, madame de Mercœur me dit qu'elle n'avait rien tant désiré que de pouvoir remettre entre mes mains les intérêts du duc son mari , pour achever son traité avec le roi de la manière dont je l'aurais jugé à propos. Je répondis à la duchesse que, présent-ement que mon respect et mon attachement pour elle n'étaient plus arrêtés par le service du roi, qui fermait mon cœur à toute autre considération, elle éprouverait qu'il n'y avait personne plus disposé à la servir que moi.
Je vins coucher ce même soir à Château -Gontier, et le lendemain à Vitré. Je voyais trop de quelle importance il était de mettre une extrême
• Jeanne de Béthune , fille de Robert sixième , aïeul de Sully, épousa Jean de Luxembourg.