LIVRE NEUVIÈME
police dans les logemens des gens de guerre , pour rien négliger à cet égard. MM. de Salignac et de Mouy, maréchaux de camp, me furent d'un grand secours. Le calme fut si bien rétabli dans tout ce canton, que les paysans, qui s'étaient d'abord retirés et retranchés dans les bois , où ils étaient près d'en venir aux mains à chaque moment , retournèrent dans leurs maisons , et la ville de Rennes crut m'en devoir un remercîment. Elle me fit préparer , pour le séjour que j'allais faire ,en cette ville pendant la tenue des états , un trèôbel appartement chez mademoiselle de La Rivière. C'était une femme spirituelle , enjouée et galante, et qui, cherchant les plaisirs pour elle-même , n'en était que plus propre à la commission dont elle s'était chargée, de me faire goûter tous ceux qu'on trouve ordinairement dans des villes aussi opulentes et aussi polies que Rennes.
Le ministère , s'il ressemblait en tout au temps que je passai dans cette ville, et qui fut d'environ six semaines , aurait réellement toutes les douceurs qu'on lui attribue si faussement. Je n'avais d'autre occupation que d'assister aux états , qui se prêtèrent avec toute la gratitude possible au service qu'il s'agissait de rendre au roi , et lui accordèrent sans opposition huit cent mille écus , dont cent le premier mois , autant le second , et deux cents chaque mois ensuite , jusqu'à fin de
paiement. On créa pour cette somme un impôt de quatre écus par pipe de vfti. Les états voulurent y en joindre un de six mille écus pour me faire un présent. Je n'examinai point si cette occasion était de celles où je pouvais l'accepter sans conséquence, je le refusai. Le roi , à qui l'on exagéra cette prétendue générosité , et qui donnait luimême à ma conduite dans les états beaucoup plus de louanges qu'elle n'en méritait , voulut se charger de mon présent ; et au lieu de six mille écus, il m'en donna dix mille. Je n'avais point encore reçu de don aussi considérable de sa majesté depuis vingt-six ans que j'étais à son service. Il se fit. en cette occasion comme un combat d'honneur entre le roi et la province de Bretagne , qui obtint que ces dix mille écus seraient encore ajoutés aux huit cent mille qu'elle lui offrait.
Le traité avec le duc de Mercœur étant consommé , le roi l'envoya pour être enregistré à la chambre des comptes de Rennes. Comme il y avait
dans ce traité quelques articles secrets sur lesquels il n'était rien énoncé , cette cour se crut en droit de ne point l'enregistrer sans certaines modifications par rapport à ces articles. Henri , qui connaissait mieux qu'aucun prince l'étendue du pouvoir des cours souveraines , et qui s'était toujours montré fort éloigné d'y donner la moindre