‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 169 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

atteinte , sentit ce refus aussi vivement qu'il le devait , et m'adressa, avec les dépêches que je recevais régulièrement chaque jour de sa part , une lettre de jussion pour la chambre des comptes. Il y marquait à cette cour qu'elle n'avait pas dû ignorer que , pour les traités et actes où il ne s'agit purement que de la guerre ou de la personne du roi , le souverain en France ne prend conseil de personne , et ne demande l'enregistrement de ses lettres que comme une formalité d'ailleurs peu essentielle. Il taxait de téméraire la conduite de ce conseil , et lui ordonnait de réparer sa désobéissance par une soumission pure et simple.

Le roi ne montra pas moins de fenheté dans une autre occasion où il s'agissait encore des cours souveraines. Ces corps prétendirent ne fournir d'abord que la moitié de la somme à laquelle ils avaient été taxés par les états pour leur contingent , et prendre des termes commodes et reculés pour en achever le paiement. Ils avaient fait les mêmes difficultés pour leur part des contributions nécessaires à l'entretien des gens de guerre, qu'eux-mêmes avaient demandés. Henri comprit ^sèment qu'ils n'avaient recours à cet artifice que pour ne plus rien contribuer sitôt qu'ils l'auraient vu sortir de la province , et me manda qu'il entendait qu'ils fournissent aussi leur taxe en entier; ce qui fut exécuté. Leur murmure au sujet

du paiement des troupes cessa lorsqu'ils eurent reconnu que de cette régularité dépendait la tranquillité de leur province , et ils furent ensuite les premiers à approuver ma conduite.

Ces différens ordres me furent adressés de Nantes , où le roi s'était avancé , après la confection du traité du duc de Mercœur , pour y vaquer à deux affaires importantes , l'édit pour les réformés , et la réception des ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande. Ce prince , qui croyait sa présence nécessaire en Picardie pour l'avancement de la paix , dont les négociations continuaient avec le même succès , comptait s'y acheminer de Nantes dans un mois , sans faire le voyage de Rennes , qu'il regardait comme inutile , et il avait déjà donné les ordres pour se faire précéder par les cinq régimens de Navarre , Piémont , Ile de France , Boniface et Bréauté, qu'il tirait de la Bretagne, pour en fortifier la frontière de Flandre. Sa majesté m'ayantfait part de ce dessein, je lui représentai, au sujet de ces régimens , que les appai'ences de la paix étant converties en certitude , il devait songer à réformer une partie de ses gens de guerre, et à diminuer le nombre de ses garnisons, comme une charge trop pesante pour le royaume; qu'il suffisait donc de deux de ces régimens en Picardie. En effet, les deux premiers y furent seuls envoyés , sous la conduite du maréchal de Brissac.

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