‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 18 sur 239 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

sentement; que je croyais pouvoir leur assurer qu'après cette complaisance de leur part, il ne se passerait pas trois mois sans qu'ils le vissent prévenir lui-même leurs désirs et cimenter leur union.

On n'eut aucune peine à me croire , et le sacrifice de la promesse de marid^ fut arrêté sur l'heure , peut-être parce qu'on regardait cet écrit comme inutile tant que le roi, devenu maître absolu dans son royaume, ne l'agréerait point. La comtesse de Guiche dit qu'elle l'avait laissé en Béam , et se chargea de le faire venir incessamment. On ne se rendit pas si facilement sur la déclaration que je demandai ensuite ; et sans laquelle il ne servait en effet de rien d'avoir retiré l'écrit , que les parties intéressées pouvaient rétablir à leur gré. Ce fut cette raison-là même que je fis valoir ; et je les fis convenir que sans cela sa majesté ne pouvait ni ajouter beaucoup de foi à leur sincérité, ni être persuadée de leur obéissance. Cet article fut fortement débattu, et lorsqu'à force de remontrances j'eus obtenu enfin cette déclara*tion par laquelle Madame et le comte annulaient toutes les promesses données ci-devant , se déliaient mutuellement de tout engagement, et se soumettaient à la seule volonté du roi , les conséquences de cet écrit leur parurent trop fortes , et l'on eut recours à un tempérament, sans lequel

vraisemblablement la chose en serait demeurée là. Ce tempérament fut que je me rendrais le déposi* taire de la déclaration ; et que jamais elle ne sortirait de mes mains, pas même pour passer dans celles du roi. Heureusement on n'ajouta pas que je la rendrais à Madame, si les. choses tournaient autrement qu'elle^ne comptait. Je donnai ma parole d'honneur, dont on se contenta; et la déclaration me fut remise en bonne forme, signée de Madame et du comte, et scellée de leurs armes. Le roi, qui n'avait osé se flatter que je réussirais , trouva qu'il manquerait toujours quelque chose à sa joie tant qu'il n'aurait pas cet écrit en son pouvoir ; il m'en fit à plusieurs reprises les plus fortes instances , et il ne cessa de me le demander que quand il eut connu par mes refus que je faisais marcher ma parole avec l'obéissance que je lui devais. Comme l'effet ne suivit point les belles ^pérances que j'avais données aux deux amans,, on s'attend bien qu'ils ne me pardonnèrent pas la tromperie que je venais de leur faire. La suite de ces mémoires en instruira.

Après la conclusion de cette affaire, dont le souvenir m'a toujours été désagréable, je ne m'occupai plus que de mon voyage à Rouen. Je craignais avec raison qu'un si long retardement n'eût entièrement rompu mes premières mesures avec l'aïQiral de Villars» J'obtins carte -blanche du

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