LIVRE NEUVIÈME
Pays-Bas avec la France contre l'Espagne, et de ne pas oublier d'y stipuler que l'une des trois puissances ne pourrait entendre à aucune trêve ni traité avec l'ennemi commun que du consentement des deux autres.
Heureuseipent le roi évita ce piège, et la considération de l'état présent de son royaume l'emporta sut* toutes les autres. Ce prince, en remerciant les ambassadeurs , ce qu'il fit de la manière la plus polie, commença par les assurer que, pour avoir refusé l'offre de leurs souverains, il ne se départait point de l'amitié qui l'unissait à eux depuis si long-temps , et que la paix qu'il allait conclure avec l'Espagne ( car il ne leur cacha point en quels termes il en était avec Philippe) ne l'empêcherait pas d'entretenir avec eux la même correspondance qu'auparavant, ni de leur donner les mêmes secours d'argent dans leurs besoins , avec la seule précaution que ces prêts paraîtraient être faits à titre d'acquits de dettes, pour ne point donner de sujet de rupture à l'Espagne.
Il leur déduisit ensuite avec la même sincérité tous les motifs qu'il avait de finir la guerre. Son royaume, ainsi qu'il le leur représenta , n'était pas, comme l'Angleterre et la Hollande, muni d'une barrière naturelle contre les attaques de ses voisins , mais ouvert de tous côtés ; ses places sans fortifications ni munitions, sa marine faible, ses II. 24
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provinces désolées, et même en partie réduites en désert. Il passa à une description plus particulière des abus et des malheurs du gouvernement. La licence des guerres civiles jointes aux guerres étrangères y avait détruit toute subordination. Son pouvoir y était encore incertain et chancelant, et l'autorité royale n'y était pas plus respectée que les lois les plus sacrées de l'état. Pour peu qu'on tardât ^ apporter à ces maux le remède que la paix pouvait seule offrir, la France faisait vers sa ruine peut-être les derniers pas, et sans que nul secours humains pût après cela arrêter un mal qui serait parvenu jusqu'au cœur. Henri n'oubliait pas à fortifier chacun de ces motifs par la comparaison de sa situation présente , à chacun de ces égards, avec celle où se trouvait l'Angleterre et la Hollande, dont le repos et l'intérêt s'accommodaient également bien d'une guerre qui faisait leur plus grande sûreté ; et c'était avec tant de netteté et de jugement, et une si parfaite connaissance des affaires de ces diffé-rens états, que Henri disait ce parallèle, qui rendait la chose palpable, que les deux étrangers, ne trouvant rien à répliquer, se regardaient l'un l'autre avec le dernier étonnement. Il leur fit entendre qu'il n'allait s'occuper à rétablir les affaires de'son royaume que pour revenir après, avec plus d'espérance de succès, à son premier projet contre