‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 172 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

l'Empire et la maison d'Autriche ; mais que ces deux entreprises n'étaient pas de nature à pouvoir marcher ensemble. Les deux ministres crurent devoir, pour la forme, combattre la résolution de sa majesté ; mais ce fut si faiblement, comme ayant été eux-mêmes frappés de la vérité , qu'avant que cet entretien finît, le roi les amena à tous ses sentimens , et leur fit avouer que la paix qu'il allait faire était le bien jde toute l'Europe. Ils repassèrent la mer presque aussitôt après, et remplirent les pays étrangers de l'opinion avantageuse qu'ils avaient conçue de la capacité et de la sagesse du roi de France.

En effet, quel déluge de maux ce prince n'allait-il pas attirer sur son royaume , si , écoutant plus le dépit et la. vengeance que le conseil et la prudence, il eût en ce moment commencé une guerre qu'il ne dépendait plus de lui d'éteindre ! Quelle idée s'offre à l'esprit, si la foi^|uj)e, qui tient en ses mains les ^vénemeits de la guerre, l'eût rendue malheureuse pour la France! Et même, en la supposant heureuse, peut-on imaginer rien de si déplorable que des succès qu'un prince achète par l'aliénation de ses domaines, par l'anticipation et l'engagement de tous ses revenus, par la ruine de son commerce, par le dépérissement de l'agriculture, qui sont les deux mamelles de la France, enfin par l'épuisement et

la dévastation de ses provinces? Qu'avez-vous à mettre dans la balance vis-à-vis de si grands malheurs ? Des conquêtes dont la possession forcée renouvelle vos alarmes à tous les instans, et qui, demeurant comme autant de monumens dSieux qui rappellent à votre ennemi l'ambition et les offenses de celui qui les a faites , deviennent pour la suite un germe d'envie, de défiance, de haine, qui replonge tôt ou tard ^ns toutes ces mêmes horreurs dont l'intérieur d'un royaume gémit encore. Je ne crains point de dire, par cette raison, qu'il est presque également triste pour les princes de l'Europe, dans l'état où elle se trouve aujourd'hui, de réussir ou d'échouer dans leurs entreprises; et que le véritable moyen d'afEaiblir im voisin puissant n'est pas de se charger de ses dépouilles, mais de les laisser partager aux autres. Toute l'arrogance de la cabale protestante tomba lorsqu'ielle vit que les ambassadeurs , sur lesquels elle avait. fait tant de fond, étaient entrés dans tous les sentimens du roi. Elle jugea que la paix allait suivre de près cet événement, et ne songea plus qu'à en jouir elle-même à des conditions raisonnables ; heureuse , dant une conjoncture trèspropre à la châtier de ses mauvais procédés, d'avoir affaire à un prince dans lequel la raison se rendit toujours la maîtresse du sentiment. On travailla donc de part et d'autre à la compo-

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