‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 174 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

ancien serviteur dont elle avait été long -temps satisfaite : mais ensuite le roi avertit le duc , en prenant ce ton d'autorité qui lui seyait d^autant mieux qu'il le prenait plus rarement, de profiter du conseil qu'il voulait bien lui donner , comme son ami , de ne se souvenir de sa conduite passée que pour en prendre une directement opposée , parce que , s'il arrivait qu'il se laissât encore aller à manquer de respect pour son roi et son maître, il était résolu , pour l'en punir , d'user de toute là facilité que la pacification de son royaume lui en laissait. Après quoi , ce prince , sans vouloir entendre les réponses du duc, sortit, et l'abandonna ^ à st« réflexions.

Les Bretons furent charmés de l'affabilité de leur roi, et de sa complaisance à se trouver à toutes les fêtes dont les dames s'empressaient à l'envi de le régaler. Henri partageait son temps entre les assemblées de ces dames , les courses de bague , les ballets et le jeu de paume , sans cesser son assiduité auprès de la marquise de Monceaux , qui était fort avancée dans sa grossesse.

Au milieu de tous ces plaisirs, il y avait des momeus ou le roi me paraissait si rêveur , que je devinai sans peine qu'il se livrait à quelque secret sentiment qui l'inquiétait. J'en doutai encore moins lorsque sa majesté, qui prenmt aussi de temps en temps le difvertissemeût de la chafâse,

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m'ordonna deux fois de le suivre pour m'entretenir à Técart , et cependant ne me parlai de rien. Je me rappelai que la même chose était arrivée à Saint-Germain et à Angers , et j'en conclus qu'il était question de quelque dessein sur lequel Henri sentait de la répugnance à s'expliquer avec moi , connaissant avec quelle franchise j'osais quelquefois combattre ses sentimens ; mais je ne pouvais deviner quel était ce dessein. Au sortir de sa visite au duc de Bouillon , dont je viens de parler, le roi étant au bas de l'escalier, d'où il me vit entrer dans la cour, m'appela, et s'étant fait ouvrir un fort beau et grand jardin , il y entra en me tenant par la main , les doigts entrelacés dans les siens , selon sa coutume; il 6t refermer la porte sur lui, et défendit qu'on y laissât entrer personne.

Ce début me préparait à quelque grande confidence. Henri n'y vint pas tout d'abord : il commença, comnie pour se rassurer lui-même, à me parler de ce qui venait de se passer entre lui et le duc de Bouillon. Ce discours fut suivi des nouvelles des négociations de Vervins, et l'amena insensiblement sur les avantages qu'un gouvernement tranquille allait procurer à la France. Une seule chose faisait de la peine au roi, disait-il, c'est que , n'ayant point d'enfans de la reine son épouse, en vain il allait se donner tant de peine à pacifier son royaume, puisque, après sa mort, il

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