‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 176 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

« terre, si, comme on publie, que cette couronne « lui appartient , elle en avait été seulement dé- « clarée présomptive héritière ; mais il ne^faut pas <c plus s'attendre à l'un qu'à l'autre. J'ai encore (c entendu parler de certaines princesses d'Alléc( magne dont je n'ai pas retenu les noms ; mais « les femmes de ce pays ne me reviennent nullece ment. Je croirais toujours avoir un lot de vin « couché auprès de moi ; outre que j'ai ouï dire « qu'il y a eu une reine de cette nation , en France, « qui la pensa ruiner : tout cela m'en dégoûte. « L'on m'a aussi parlé des sœurs du prince Mau- « rice ; mais outre qu'elles sont toutes huguenotes, a ce qui donnerait de l'ombrage à la cour de « Rome , certain bruit répandu parmi les cathott liques qu'eUes sont filles d'une nonnain, et quel- « que autre chose encore , que je vous dirai une « autre fois , m'en détourne. Le duc de Florence « a encoi*e une nièce que l'on dit être assez belle; « mais elle est d'une des moindres maisons de 1» « chrétienté qui portent le titre de prince , n'y « ayant pas plus de soixante ou quatre-vingts ans « que ses ancêtres n'étaient qu'au rang des meil* « leurs bourgeois de leur ville : outre qu'elle est « de la même race que îa reine -mère Catherine , « qui a tant fait de mal à la France , et à moi en « particulier.

a Voilà , continua le roi , voyant que je l'écou-»

38o MEMOIRES DE SULLT.

« tais attentivement, toutes les princesses étran- « gères, dont j'ai connaissance. A l'égard de celles « qui sont en France , vous avez ma nièce de a Guise , qui serait une de celles qui me plairaient « le plus ' , malgré le petit bruit que quelques a malins font courir , qu'elle aime bien autant les «poulets en papiers qu'en fricassée; car pour « moi, outre que je crois cela très-faux , j'aimerais ce mieux une femme qui fît un peu l'amour qu'iuie « qui eût mauvaise tête : mais j'appréhende la « trop grande passion qu'elle témoigne pour sa <c maison , et surtout pour ses frères. » Le roi parcourut de suite et aussi inutilement les autres princesses. Il trouvait les unes belles , grandes , bien faites , comme l'aînée des deux filles du duc de Mayenne, quoiqu'un peu noire ; les deux d'Aumaie et les trois de Longueville : mais , ou bien elles étaient trop jeunes, ou bien elles ne lui plaisaient pas. Il nomma ensuite mademoiselle de Rohan , la fille de madame la princesse de Conti ,

* Louise-Marguerite de Lorraine : c'était une très-belle princesse. Il fut proposé y dans le temps du siège de Paris , de lui faire épouser Henri IV, pour réunir les deux partis. Les li* belles satiriques de ce temps-là lui reprochent un commerce de galanterie avec le duc de Bellegarde^ grand écuyer ; et ce que Henri dit ici de poulet, est d'après une chanson qui fut faite contre mademoiselle de Guise, qu'on peut voir dans f Étoile, année 1596. Voyez aussi les galanteries des rois d« France, etc.

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