‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 177 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

de la maison de Lucé; mesdemoiselles de Luxembourg et de Guémené; mais la première était huguenote , la seconde n'était pas assez âgée ^ les deux autres n'étaient pas de son goût : enfin toutes eurent l'exclusion pour qutlques autres raisons particulières ; et le roi finit ce dénombrement par dire , qu'après tout, quelque parfaites que lui parussent toutes ces personnes , il ne voyait rien qui pût l'assurer qu'elles lui donneraient des enfans mâles , ni qu'il s'accommodât de leur humeur, et encore de leur esprit : trois conditions des sept sans lesquelles il ne se résoudrait point à s'engager, parce qu'il prenait ime femme dans le dessein de partager avec elle ses affaires domestiques ; et que devant mourir avant elle , suivant le cours de la nature, et peut-être laisser des enfans en bas âge, il était nécessaire qu'elle pût les élever , et conduire l'état pendant une minorité.

Mais quoi! dis-je enfin à ce prince, las de chercher le but d'un discours où il me paraissait vouloir et ne vouloir pas tout ensemble , « que « voulez-vous , Sire , avec tout ce pour et contre ? « et qu'en puis- je conclure moi-même , sinon que, ce désirant fort d'être marié, vous ne trouvez pource tant sur la terre aucune femme qui vous soit ce propre? Du ton dont vous avez parlé de l'in- CK faute Claire-Eugénie , les riches héritières pa- « raissent être assez votre fait; mais attendez-vous.

382 MEMOIRES I>£ SULLT. ,

a que le ciel ressuscite une Marguerite de Flandre, « une Marie de Bourgogne , etc. ; ou du moins , « qu'il rajeunisse la reine d'Angleterre? » J'ajou«» tai , en riant , que , quant à ces autres preuves de fait qu'il demandait/ je ne trouvais point d'autre expédient que de faire assembler les plus belles filles de France, depuis dix-sept jusqu'à vingt-cinq ans; de prendre le soin de connaître lui-^méme par des conversations particulières , la trempe de leur cœur et de leur esprit , se remettant du reste sur le rapport des matrones expérimentées auxquelles on a recours dans des cas à peu près semblables. Je continuai , en reprenant la parole plus sérieusement, que, pour moi , mon avis était que ça majesté pouvait tout d'abord retrancher de son plan les grands biens et la naissance royale; qu'il suffisait d'une femme qui pût se faire aimer , et lui donner de beaux enfans ; mais qu'à cet égard, en«> core une fois, on devait se contenter de la plus simple apparence, se souvenant également et du grand nombre de belles femmes stériles, et des pères illustres , malheureux en enfans ; au reste , que , quels que fussent les siens , le sang dont ils sortiraient las reyidrait toujours l'objet du respect et de l'obéissance des Français.

« Or bien , interrompit le roi , laissant à part « votre avis sur cette assemblée de filles , qui ap* <( prêterait à rire , et vos galans hommes, qui n'ont

Page 1