‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 178 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

« pas eu de semblables enfans, car j'espère en « faire qui vaudront bien mieux que moi, puis- « que vous convenez que ma femme doit être coin- « plaisante, bien faite, et de taille à faire espérer ce des enfans, songez un peu en vous-même si a vous n'en pourriez point connaître quelqu'une « dans laquelle tout cela se rencontrât. » Je répondis que je ne prononcerais pas ainsi à la hâte sur un choix qui demandait tant de réflexion , et auquel je ne m'étais point encore appliqué. « Et « que diriez- vous , repartit Henri , si je vous en « nommais une dont j'eusse une pleine connais- « sance sur ces trois choses? Je dirais. Sire, ré- « pliquai-je tout naturellement, que vous avez eu a avec elle une plus grande familiarité que moi , « et que ce ne peut être qu'une veuve : rien que (c cela seul ne me paraît convaincant sur le chacc pitre des enfans. Ce sera tout ce que vous vou*» a drez, reprit le roi; mais si vous ne pouvez dece viner, je la nommerai. Nommez -la donc, lui <c dis-je , car j'avoue que je n'ai pas assez d'esprit a pour cela. Oh ! la fine bête que vous êtes ! s'écSria « le roi ; vous le feriez bien , si vous vouliez ; et « vous ne faites ainsi l'ignorant que pour m'obli- « ger à la nommer moi-même. Ne confessez-vous « pas que ces trois conditions se rencontrent dans « ma maîtresse ? non que je veuille dire par-là , « poursuivit ce prince , confus sans doute de sa

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« faiblesse, que j'aie pensé à Fépouser, mais seule lement pour savoir ce que vous en diriez si, « faute d'autre , cela me venait quelque jour en «c fantaisie: »

Il n'était pas difficile de voir au travers de cette faible précaution que sa majesté n'avait déjà que trop pensé et n'était que trop disposée à cet indigne mariage, pour lequel elle semblait, par toutes ces paroles, demander grâce. Ma surprise fut aussi grande qu'on peut se l'imaginer, mais je crus devoir la cacher soigneusement. Je feignis de trouver dans les dernières paroles de Henri un air de plaisanterie qui n'y était point, mais qui me donnait occasion de mettre dans ma ré» ponse toute celle qui était nécessaire pour faire honte au roi de cette idée bizarre. Ma feinte ne me réussit pas : le roi n'avait pas fait l'effort d'un aveu si pénible pour en demeurer là. « Je vous <c ordonne, me dit-il, de me parler librement. « Vous avez acquis le droit de me dire mes véri- « tés; n'appréhendez pas que je me fâche, pourvu « que vous ne le fassiez qu'en particulier : devant « le monde , je m'en fâcherais bien fort. »

Je répondis au roi que je ne serais jamais assez imprudent pour dire rien à sa majesté, en particulier , non plus qu'en public , qui pût lui déplaire , excepté les cas où il s'agirait de sa vie , ou du bien de l'état. Je lui fis ensuite envisager.

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