‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 181 sur 239 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

quel la France fondait son espérance d'un héritier de la couronne, j'avais cru devoir la prier de m'employer pour y travailler. Si la disposition des esprits était tdle de part et d'autre, que cet effort (ut impossible, ou qu'il ne put confluire à la fin que je lui marquais ( ce qui était un point dont je savais bien que la stérilité de MargueAte devait la Êdre convenir secrètement), qu'elle jae s'offensât pas si je prenais dans la suite la fi})erté de la porter à un plus grand sacrifice encore que l'état attendait d'ella Je ne marquais pas la chose plus clairement; mais, après ce que je venais de lui dire sur la nécessité de donner des enfans légitimes au sang de France, il n'était pas difficile de deviner qud était ce sacrifice.

La reine se donna tout le temps de délibéra sur un parti de cette importance avant que de me faire réponse. Je ne la reçus que cinq, mois après ; elle était datée d'Usson ' , où elle, fusait sa résidence ordinaire ; et cette réponse était telle qu'on pouvait la souhaiter, sage, modeste et soumise. Marguerite, sans s'expliquer autrement que

• Cette princesse s'était d'abord retirée, plusieurs années auparavant, à Agen, et ensuite à Cariai. Le roi Henri m, son frère, cpii ne la traitait pas mieux que Henri IV, son mari, la fit poursuivre partout, et enfin renfermer dans le château ^TUsson, en Auvergne, où, après sa mort, elle demeura volontairement. ( Voyez la note du liv. 2a.)

j'avais fait moi-même sur une séparation dont le bruit n'avait point encore écbté, se contentait de faire parler en sa place une protestation de sa soumission à toutes les volontés du roi , jointe à des louanges sincères de la conduite de sa majesté, et à des remercimens f:^ur moi des isoins que je 'prenais. '

lie séjour dû roi à Remues ne fut que de sept ou buit jours"; après lesquds il se hâta de retourner à Paris, pour se trouver «n Picardie au commencement de mai. Il s'achemina p^tr Vitré, d'où je re- ^ ordre de ce prince de donner une gratification à la garnison de Rochefort , et ensuite d'en £sdre raser le château. De Vitré , sa majesté , prenant le long de la Loire, se rendit à Tours par la Flèche, qu'dle se fit un plaisir de revoir, comme l'endroit cm elle avait passé une^partie de sa jeunesse.

Pour moi^. après avoir encore demeuré cinq ou six jours k Rennes, pour mettre ordre soit aux finances, soit au paiement des ^ens de guerre, à bar dépiu*t de Br^agne, età leur marche au tra* vers des provinces, je vins trouver le roi à Tours, où ce prince me manda pour une affaire importante. Je le laissai continuer sa route vers Paris où, quelque chose qu'il fit, il ne put arriver que sur la fin de mai. J*ëiais si las^ du cérémonial des

' Le roi ne Tétait pas moins. L'Étoile rapporte quelques reparties fort agréables de sa majesté à ces importuns haran-

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grandes villes , et des longues harangues surtout , que, prenant un chemin écarté par le Maine et le Perche , je vins seul visiter ma terre de Rosny , où mon épouse était occupée à faire commencer la maison que j'y faisais bâtir, et avait manqué à être écrasée sous les ruines du vieux bâtiment qu'il avait fallu abattre.

Je m'y arrêtai fort peu; et cependant je ne trou* vai plus le roi à Paris. Il ne fit qu'y passer , et prit aussitôt la route d'Amiens. ^Cet endroit lui parut commode pour communiquer facilement avec ses plénipotentiaires à Vervins, et en même temps pour viâter toutes les places frontières , faciliter l'évacuation de celles qu'on allait lui rendre par le traité, et pourvoir à leur sûreté pour l'avenir. Tout cela fut fait en huit jours, et sa majesté ne revint point à Paris que la paix ne fut signée ^

guenr&;;.L-up d'eux Tennuyiâr par de longs titres d'honneurs , et répétant souvent , roi très^benin , très-grand , très-clément , etc. Ajoutez et très-las , lui dit Henri. Un autre ayant débuté par cps mots : « Agésilaûs, roi de Lacédémone, Sire, etc., » le roi lui dit en l'interrompant : « Ventre-saint- <t gris! j'ai bien;ouî parler de cet Agésîlaùs; mais il avait dîné, « et je n'ai pas dîné , moi. » Ayant dit par deux fois à un autre qu'il abrégeât, et voyant qu'il n'en faisait rien, il le laissa là, et s'en alla, en lui disant : « Vous direz donc le reste à Guillaume. M €f était le bouffon de la cour.

' Elle fut signée lest >inai lâgS, au nom du roi, par « mesn sire Pomponne de Bellièvre , chevalier , sieur de Grignon , « conseiller en son conseil d'état , et messire Nicolas Brulart ^

Le traité était des plus simples, la remise de toutes lés places que l'Espagne possédait en France en faisant presque le seul article considérable. £)n n'y statua rien sur l'affaire du marquisat de Saluées. Le roi ne jugea pas devoir manquer la paix pour cet article , qu'on regardait comme si peu important, que, sur le déni de justice de la Savoie, il pouvait sans peine, disait-on, se saisir de tout ce marquisat , n'y trouvant plus d'obstacle de la part de l'Espagne ; seulement on en fit un compromis entre les mains du pape'. Les plénipo-

« chevalier, sieur de Sillery, aussi conseiller dudit sieur roi, « en son conseil d'état , et président en sa cour du parlement « de Paris, au nom du cardinal d'Autriche, ayant pouvoir du « roi d'Espagne ; par messire Jean Richardot, chevalier, chef « et président du conseil privé dudit sieur roi et de son con- « seil d'état; messire Jean-Baptiste de Taxis, chevalier, et mes- « sire Louis Verteiken, aussi chevalier, etc. » Voyez ce traité en entier dans les Mémoires, et négociations^ dé la paix traitée à Fervins , tome a, avec la relation, en forme de journal, de tout ce qui se passa entre les plénipotentiaires, depuis Tou-verture de cette négociation , jusqu'à la conclusion de la paix.

* Ce qui regarde le duc de Savoie , représenté, par messire Gaspard de Genève, marquis de Lullin^ conseiller d'état, etc., est à la suite de l'art. a4 , et porte : « Que le surplus des autres « difFérens , qui sont entre ledit sieur roi très-chrétien et ledit « sieur duc , sera remis au jugement de notre saint-père Clé- « ment YIII , pour être vidé et décidé par sa saiiiteté dedans « un an.... Et demeureront les choses en l'état qu'elles sont à « présent, etc. »

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