‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 187 sur 239 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

motion des cardinaux. Le fils de madame de Sourdis ^ fut un des Français à qui ce prince fit donner le chapeau, quoique par sa grande jeunesse il ne l'en jugeât pas trop digne. Madame de Sourdis n'en eut l'obligation qu'à l'adresse qu'elle eut de faire appuyer sa demande par la duchesse de Beaufort.

C'est le nom qu'avait encore prb la maîtresse du roi en la place de celui de marquise de Mon* ceaux, depuis que la naissance d'un second fils lui avait attiré de la part de sa majesté un redoublement de tendresse et de bienfaits. Depuis longtemps cette femme ne bornait plus là son ambition : elle n'aspirait pas moins qu'à se faire déclarer reine de France , et la passion de Henri , qui prenait chaque jour de nouilles forces, lui faisait espérer d'y parvenir. Sitôt qu'elle eut nouvelle que les agens du roi à Rome avaient commission de solliciter la dissolution de son mariage avec Marguerite, et que sa majesté était sur le point de faire partir pour cette cour le duc de Luxembourg * avec le titre d'ambassadeur pour en presser la conclusion, elle jugea cette occasion favorable; mais, comme elle se défiait des

' François d'Escoubleau , cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux , mort en 1628. ^

• Henri de Luxembourg, duade'Piney, le dernier de celte branche de Luxembourg.

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ag'ens, et apparemment du nouvel ambassadeur, elle jeta les yeux sur Sillery , qui était déjà fort dans ses intérêts, et que cette dernière marque de confiance ne pouvait manquer d'y mettre encore davantage; elle le fit venir, et, lui expliquant ses vues , elle ne mit aucunes bornes aux récompenses dont elle prétendait payer son dévouement et ses services. Comme elle connaissait ce qui était le plus capable de tenter Sillery, elle l'assura des sceaux à son retour de. Rome, au hasard de désobliger madame de Sourdis même , sa tante et son intime amie , et lui promit encore la dignité de chancelier, sitôt qu'elle viendrait à vaquer. Sillery s'engagea à ce prix, avec tous les sermens qu'elle exigea de lui, de ne rijçn négliger pour obtenir du pape la légitimation des deux enfans qu'elle avait eus de Henri, avecla^dissolutibn du mariage de ce prince. Ce premier pas une fois fait, il ne lui en restait plus que peu et de trèsfaciles pour moMer au trône. Elle ne manqua pas de iiilsons pour faire approuver au roi l'ambassadeur qu'elle avait choisi. Le duc de Luxemï)Ourg ne laissa pas de partir, mais pour être rappelé aussitôt que Sillery serait en état d'aller le relever. La duchesse ne s'embarrassa point de cacher à toute la cour le titre dont elle venait de décorer son favori. Elle travailla elle-même à ses équipages, et fit expédier par le roi les ordres

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