‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 188 sur 239 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

nécessaires pour que Sillery parût avec tout l'éclat et la grandeur propres à assurer le succès de sa négociation.

En même temps la duchesse de Beaufort, voulant préparer les Français au changement d'état qu'elle méditait pour ses enfans , obtint du roi , qui n'avait guère moins de tendressei^pour eux que pour la mère , que le baptême du second fils qu'elle venait de mettre au monde se ferait à Saint-Germain , où était alors sa majesté , avec toute la magnificence et tous les honneurs qui sont particuliers dans cette cérémonie aux enfans de France. Je pardonne à cette femme une ivresse où l'entretenaient les respects serviles des courtisans pour ses enfans , et les adorations qu'ils lui rendaient à elle-même. Je n'ai pas la même indulgence pour Henri , qui , bien loin de rien faire qui put la détromper, accordait les ordres pour le baptême de cet enfant avec une complaisance qui faisait assez voir combien la chose était de son goût. J'en dis mon avis assez hautement. Je m'attachai à combattre en public la conséquence que je voyais que les courtisans tiraient en faveur de ces enfans , si chers au roi , pour la succession à la couronne. Ce prince s'aperçut luimême , après la cérémonie , qu'il avait beaucoup trop permis , et me dit qu'on avait passé ses ordres , ce que je n'ai aucune peine à croire. L'en-

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fant fut nommé Alexandre ' , comme l'aîné avait été nommé César ; et , par une espèce de second baptême , les flatteurs lui donnèrent le nom de Monsieur , qu'il n'est permis en France de porter qu'au frère unique du roi , ou à l'héritier présomptif.

La favopîte ne s'en tint pas là : elle commença à prendre tous les airs de reine , moins, à la vérité , de son propre mouvement ( car je crois qu'elle se connaissait assez pour n'avoir osé d'ellemême concevoir cette idée ) que poussée à franchir ce pas par les suggestions continuelles de ses créatures et de ses parens» Madame de Sourdis, Chivemy et Fresne la secondaient si bien de leur côté, qu'insensiblement il n'y eut rien de si public dans totàe la cour que la nouvelle que le roi allait épouser sa. maîtresse , et qu il ne sollicitait son divorce à Rome que dans cette intention. Je fus révolté d'un bruit si injurieux à la gloire de ce prince ; j'allai le trouver, et je lui en fis sentir les conséquences. Il m'en parut touché , et même pi. que ; son premier mouvement le porta à justifier madame de Beaufort , qu'il m'assura très-sérieusement n'y avoir contribué en rien ; toute la preuve qu'il en avait , c'est qu'elle le lui avait dit : il en

' On rappela le fhevalier de Vendôme ; il fut tenu sur les fonts par madame Catherine, sœur du roi , et par le comte de Soissons. Il mourut grand-prieur de France ^ en 1629.

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