LIVRE* DIXIÈME
mit toute la faute sur madame de Sourdis et sur Fresne, auxquels il montrait bien qu'il pardonnait une hardiesse si peu respectueuse , puisque , connaissant combien ils étaient coupables , il n'en fit pas le plus petit châtiment.
Une circonstance donna beaucoup de poids aux démarches que je fis sur cette affaire , tant en public qu'en particulier. La reine Marguerite , avec laquelle la question de la dissolution prochaine m'obligeait à entretenir un commerce de lettres , sut , après tous les autres , ce qui se disait et se faisait à la cour , et m'écrivit qu'elle continuait à donner les mains à sa séparation d'avec le roi ; mais qu'elle se sentait si indignée qu'on pût penser à donner sa place à une femme aussi décriée que l'était la nouvelle duchesse par son commerce avec le roi , qu'elle , qui n'avait point mis de conditions à son consentement , ne pouvait présentement ne pas exiger qu'on lui accordât l'exclusion de cette femme , et qu'elle avait pris sur ce point une si forte résolution , qu'on ne devait p^ s'attendre à la lui faire changer par aucun traitement , bon ou mauvais. Le roi , à qui je fis part de cette lettre, en comprit encore mieux jusqu'à quel point ce mariage , s'il venait à s'exécuter , soulèverait tous les honnêtes gens , et commença à changer véritablement et d'avis et de conduite.
Je m'imaginai qu'en fiiisant savoir le contenu
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de cette même lettre à madame de Beaufort , elle
produirait peut-être dans son esprit le même effet. Je ne voulus pas prendre ce soin moi-même, pour ne pas m'exposer à essuyer lea hauteurs et les emportemens d'une femme qui me regardait comme ime pierre d'achoppement à tous ses desseins. Je communiquai la lettre à Chivemy - et à Fresne , qui en informèrent aussitôt madame de Sourdis , et celle-ci dans le même moment la duchesse de Beaufort ; mais tous les conseillers de cette dame n'étaient pas si aisés à alarmer. Ils avaient bien compris qu'une démarche comme celle qu'ils avaient entrepris de faire faire au roi ne pouvait manquer de souffrir de grandes difficultés , et ils avaient pris leur parti sur chacune. Le résultat de toutes leurs délibérations avait été qu'il fallait presser fortement la conclusion, persuadés que , quand une fois l'affaire serait consommée , ils n'auraient aucune peine à la faire envisager sous une face qui la rendrait excusable ; qu'au pis allf r , on s'en accommoderait après quelques rumeurs , comme on fait de tout ce qui est sans remède. Ils connaissaient le génie des Français, surtout du courtisan , dont la première loi est de vouloir tout ce que veut le souverain , et la plus forte passion celle de lui plaire. Enfin, ils crurent être assurés de tout , pourvu q^p le prince luimênïe ne leur manquât point.