LIVRE DIXIÈME
truire en le réduisant à une existence impossible et purement idéale , disons seulement qu'il faut qu'il connaisse du moins toute la bassesse de l'orgueil , toute la folie de l'ambition , toute la faiblesse de la haine et de la vengeance. Comme je ne veux rien dire que ce qui peut le regarder directement, je ne relèverai point ici l'indignité de maltraiter personne de fait ou seulement de parole, et de ne point donner d'ordre à ses inférieurs , que la colère ou la mauvaise humeur ne les assaisonne de juremens. Puisqu'il vit pour le public , il doit se rendre affable et accessible à tout le monde, excepté à ceux qui ne l'abordent que pour cherchera le corrompre, et ne jamais perdre de vue cette maxime , qui tient un des premiers rangs dans le détail du gouvernement , qu'un royaume doit être conduit par des règles générales y et que les exceptions seules produisent la plainte et le méccmtentema:it.
La connaissance du rang et d^s différens degrés de distinction non-seulement n'a rien de contraire à cette maxime, mais encore elle lui est essentiellement nécessaire, tant pour observer la proportion dans les traitemens que la politesse française a établis entre les conditions , que pour se guérir de Terreur que ses richesses et sa &veur lui asservissent toutes les autres. Le penchant pour le sexe est une §ource de faiblesses et d'in-
4sà4 MEMOIRES DE SULLT.
justices qui Fentraîneront indubitablement . audelà des bornes de son devoir. La passion du gros jeu l'exposera à des tentations mille fois plus dif-* ficiles encore à vaincre à un homme qui manie tout l'argent du royaume : pour n'y pas tomber, je -suis obligé de lui prescrire de ne connaître ni les cartes ni les dés.
Le dégoût du travail vient encorfe ordinaire-» ment de tout ce qui porte à la volupté, ou inspire la mollesse. L'homme d'état doit donc chercher dans la sobriété le remède contre la somptuosité et la délicatesse de la table , qui ne sont propres qu'à énerver également le corps et l'esprit ; l'honnête homme ne connaît point l'intempérance. L'homme laborieux doit également ignorer les raffinemens de la bonne table. Comme il doit se rendre en tout temps et même à toute heure le séjour de son cabinet, non pas simplement supportable , mais délicieux , il ne peut trop se donner de garde de ne pas se remplir, la tête de vaines idées , de plaisirs fîitiles : il y a dans toutes ces bagatelles je ne sais quel attirail qui amollit souvent le coeur des philosophes , et des misanthropes mêmes.
Je dis la même chose de la chasse, des équipages , des livrées nombreuses , des ameublemens , des bâtimens et de toutes les autres inventions du luxe. Le goût qu'on a eu pour une seule de cea