‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 20 sur 239 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

part dans toute cette affaire. Ib me rendirent à l'heure même ma civilité par le sieur de Pardriel, et me firent dire qu'après que je me serais reposé cette journée , on entrerait le lendemain en matière. Ge qui n'empêcha pas que Fabbé ne vfeit dès le soir. même me voir sans cérémonie ; et toute sa conduite en cette occasion fut pleine d'une droiture et d^une sincérité qui ne sont pas fort communes en de pareilles conjonctures.

Je connus par son discours qu'il ne s'en était presque rien fallu que le roi n'eût perdu Villars sans retour. U était arrivé à Rouen quelque temps avant moi ui| député de l'Espagne , nommé don Simon-Antoine, et im autre du duc de Mayenne , nommé La Chapelle-Marteau ' , qui avaient bat les plus belles offires à ce gouverneur; outre qu'il recevait journellement des lettres des catholiques, même du parti du roi, qui tendaient à lui rendre suspect tout ce que sa majesté lui Êdsait espérer , et à le prévenir contre une négociati<Hi qu'on donnait à conduire à un agent protestant, motif très-puissant sur l'esprit de Yillars, zélé pour sa religion , et qui l'aurait jeté in&illiblement entre les bras des ennemis du roi, si, dans cette per* plexité, il n'avait été soutenu par d'autres lettres du cardinal de Bourbon, de l'évêque d'Évreux et du marquis de \ltry. Ceux-ci lui mandaient

■ Hichd Maiteao , sîevr de l4i ClupeUe , maire des cooiptes.

qu'il pouvait Éaire fond sur la parole du roi, et s'assurer sur ma sincérité. Tiron me montra une partie de toutes ces lettres , et crut devoir me prévenir sur ce que je verrais paraître ^e l'amiral , qui, continuellement obsédé des députés de la ligue, et d'ailleurs piqué de la lenteur avec laquelle on agissait avec lui , ne sortirait pas de son irrésolution sans que j'eusse à essuyer de sa part quelqu'une de ces saillies et de ces fougues naturelles dont avec un peu de patience il était facile de le faire revenir.

J'allai trouver Villars ' , bien préparé à soutenir tous ces petits assauts; et d'abord je m'aperçus bien clairement que ma vue réveillait dans son esprit un petit mouvement de défiance et de fierté. Je fis en sorte que, ce nuage étant dissipé, Villars proposa de sens rassis ses conditions. Elles se réduisaient aux chefs suivans : qu'il demeurerait revêtu de la charge d'amiral dont il avait été pourvu par la Ligue ; qu'il jouirait de son gouvernement de Rouen , d'un pouvoir indépendant du duc de Montpensier, gouverneur de la province, du moins pendant trois ans, et que ce pou-

* De Villars est représenté dans les mémoires de ce tempslà comme un homme extrêmement fier et emporté. Il y est remarqué que de tous ceux qui se mêlèrent de son traité, personne ne put y réussir que Rosny. Mémoires pour Vhistoire de Frtmce, tome. a. Il est aussi parlé avec éloge dans de Thouy liv. io9> de ces négociations de Rosny.

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