‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 21 sur 239 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

voir s'étendrait sur les bailliages de Rouen et de Caux; qu'il ne se ferait dans cette capitale, ni dans ses environs à six lieues loin, aucun exercice de la religion réformée ; que tous les officiers mis par la Ligue dans les villes ressortissantes de son gouvernement y seraient conservés avec quinze cents hommes d'infanterie , et trois cents de cavalerie, entretenus par le roi, pour la sûreté de ces mêmes villes; que sa majesté lui donnerait pour acquitter ses dettes une somme de cent vingt mille livres, et une pension de soixante mille ; qu'on lui rendrait Fécamp ; enfin qu'on lui laisserait la disposition des abbayes de Jumiéges , Tiron , Bonport , La Valase , Saint-Taurin et celle de Montivilliers , qu'il destinait à une sœur de madame de Simiers.

Si tous ces articles avaient aussi bien dépendu de moi que celui qui regardait l'abbaye de Saint- Taurin , qui était à moi en propre , et dont je fis à l'heure même une cession à Villars, le traité eût été conclu sans plus long délai. Je dis la même chose de ceux dont le roi était purement le maître: mais, quelque pouvoir que j'eusse reçu de sa inajesté , j'étais arrêté par ceux qui intéressaient , soit M. de Montpensier, soit Biron, revêtu de la charge d'amiral et en possession de Fécamp , parce qu'il l'avait retiré des mains de Bois-Rosé , sous promesse d'un dédommagement qui pour-

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tant n'avait point encore été accordé; et je ne crus pas devoir passer outre sans en informer le roi. J'espérais que Villars goûterait ce ménagaotient, d'autant mieux que je ne lui demandais aucun délai sur les conditions qui dépendaient immédiatement du roi : mais ce gouverneur sortant d'avec les députés de la Ligue au moment où JB voulus lui faire entendre mes raisons, j'en fus fudement repris par ce peu de paroles, prononcées d'un ton extrêmement emporté : « Que je pouvais <c m'épargner la peine de lui parler davantage, « parce qu'il voulait sur-le-champ convenir de « tout , ou rompre sur tout. »

Quoiqu'un peu étourdi de ce coup imprévu, je répondis tranquillement à Villars que je me tenais assuré que le roi lui accorderait les trois articles en question , aussi bien que tous les autres ( celui de Fécamp en faisait deux , parce que Bois- Rosé y était mêlé ) ; que cela ne devait point nous empêcher de dresser le traité, et même de le signer dès ce moment comme si tout était accordé , avec cette apostille en marge vis-à-vis les trois articles , qu'on en attendait la réponse du roi ; que, pour lui marquer que je ne cherchais point à gagner du temps avec lui pour le tromper ensuite, je consentais à demeurer entre ses mains en attendant la réponse de sa majesté. Villars trouva encore des difficultés; mais il ne put résister à

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