‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 205 sur 239 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

saire d'en démolir la partie qui était inutile; ce qu'on ne pouvait pourtant faire qu'après la mort de ceux à qui il aurait été dangereux d'en ôter le gouvernement.

La marine seule pouvait occuper un ministre entier , et pendant une longue suite d'années ; car cette partie de l'état , qui demande une si grande sujétion , ne prend pas des progrès bien rapides. Elle ne peut les tirer que de l'aisance et de la splendeur que le temps de la paix et un bon gouvernement donnent à un royaume. On ne peut concevoir jusqu'à quel point la marine et le commerce, qui en dépend , étaient oubliés en France. Je convins avec le roi qu'on commencerait un établissement par tous les premiers principes ; qu'on ferait visiter les côtes, examiner les ports, afin de prendre des mesures pour leur réparation ; qu'on en ferait de même du petit nombre de vaisseaux et des galères délabrés qu'on y trouverait encore, en attendant qu'on en pût construire de nouveaux; après quoi l'on nommerait des officiers , et on chercherait des matelots et des pilotes , dont on animerait l'industrie par des récompenses;- en un mot, pour épargner un plus long détail, qu'on commencerait à créer une marine absolument nouvelle.

Tout cela ne pouvait s'exécuter que successivement et peu à peu. La finance, comme la partie la plus malade du corps de l'état, était aussi celle à

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laquelle il fallait donner les premiers secours. On va juger de la grandeur du mal par le mémoire des sommes qui sortirent du trésor royal pour amener au parti du roi les chefs et autres principaux membres et villes de la Ligue. Ce mémoire a quelque chose d'assez curieux ; il monte à plus de trente-deux millions de livres. Le voici :

Au duc de Lorraine , et autres particuliers compris dans son traité, trois millions cinq cent soixante-six mille huit cent vingt-cinq livres ; au duc de Mayenne, et autres compris dans son traité , compris aussi deux régimens suisses , que le roi se chargea de payer , trois millions cinq cent quatrevingt mille livres; au duc de Guise, et autres compris dans son traité, trois cent quatre-vingthuit mille livres ; au duc de Nemours et autres , trois cent soixante-dix-huit mille livres; au duc de Mercœur, pour Blavet, et autres villes de Bretagne, quatre millions deux cent quatre-vingtquinze mille trois cent cinquante livres ; au duc d'EIbœuf , pour Poitiers , etc. , neuf cent soixantedix mille huit cent vingt-quatre livres; à MM. de Villars et le chevalier d'Oise, pour Rouen et lé Havre, y compris aussi les dédommagemens accordés à M. le duc de Montpensier, au maréchal deBiron, au chancelier, etc., trois millions quatre cent soixante-dix-sept mille huit cents livres; au duc d'Épemon et autres, quatre cent quatre-vingt*

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