‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 208 sur 239 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

Je me tournai contre les auteurs de cette violence , qui étaient tous les gouverneurs et autres ofiBciers de guerre , aussi bien que de justice et de finance, qui, jusqu'aux moindres, faisaient tous un abus énorme de l'autorité que leurs emplois leur donnaient sur le peuple ; et je fis rendre un arrêt du conseil par lequel il était défendu , sous de grandes peines , de rien exiger du peuple , à quelque titre que ce pût être, sans une ordonnance en forme, au-delà de ce à quoi il était obligé pour sa part des tailles et autres subsides réglés par sa majesté; enjoint au trésorier de France, sous peine d'en répondre personnellement, d'informer de tout ce qui se pratiquerait au contraire.

Cet arrêt mit un frein à l'avidité de tous ces petits concussionnaires ; mais il leur donna contre moi un furieux ressentiment ; et quoiqu'il y eût quelque chose de honteux pour eux à le témoigner , une grande partie fit éclater ses plaintes , comme si je les avais en effet dépouillés d'un Ineo Intime. Le doc d'Épemon fut le premier qui se montra, et osa en venir avec moi jusqu'aux voies de fût L'humiliation qu'il avait essuyée ne l'avait pas dé£ût de son humeur fière et impérieuse. Les Provençaux avaioit mille ibis béni le moment cm il était sorti de leur province. H n'y avait plus de malbeiimaatie ceux qui étaient on se» vas» sanx^ I ( de ses ferrai 11 se iatsaii

tous les ans , à leurs dépens , plus de soixante miUe écus de revenus.

Il fut averti par messieurs du conseil j auxquels cet arrêt faisait la même peine qu à lui , du jour où il devait y être passé, et se promit bien de Fempêcher. Il vint prendre séance au conseil ; et en s'adressant à moi il fit une comparaison pleine d'arrogance et de mépris de la manière dont il soutenait son nom avec celle dont j'avilissais le mien par la nouvelle profession que j'avais embrassée. Je répondis sans équivoque à un discours si impertinent en lui déclarant qu'en toutes manières je me croyais au moins son égal. Des paroles aussi claires firent monter le feu au visage de d*Épemon , an lieu d'un flegme insultant qu'il avait affecté d'abord, et il passa à faire des menaces que je n'entendis pas plus patiemment que le reste. J'y répondis vivement : il répliqua de même; et, sans une plus longue explication , nous portâmes l'un et l'autre la main à la garde de nos épées. Si l'on ne se fût jeté au-devant de nous, et qu'on ne nous eût pas fait sortir du conseil par deux c6tés opposés, on aurait vu une scène assez nouvelle dans l'endroit où ceci se passait. Notre querelle ayant été rapportée au i*oi , qui était alors à Fontainebleau , sa majesté me sut si bon gré du zèle que f avais témoigné en cette occasion pour la justice, qu'elle m'écrivit à l'heure même de sa

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