‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 209 sur 239 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

main, en louant ma conduite, et en m'offrant, disait-elle, « de me servir de second contre d'Eper- « non , auquel elle allait parler de façon à lui ôter « l'envie de me faire à l'avenir de pareilles incai^ « tades. » D'Épemon vit bien que ce prince était vivement offensé de son procédé ; il m'en fit excuse en présence du roi, qui nous fit embrasser tous deux.

Outre ces revenus , que les princes du sang , à commencer par Madame elle-même, et les officiers, de la couronne , s'étaient ainsi faits gratuite* ment , le peuple en avait encore à souffrir jusque dans la perception de leurs revenus effectif». Il n'y avait aucune de ces personnes qui ne fut pen* sionnaire du roi à titre de leurs emplois , de récompensés, de gratifications, ou de traités faits avec sa majesté, en rentrant dans son obéissance; et, par un effet de la Ucence des derniers temps^ l'usage était , iqu'au Ueu de s'adresser pour le paia^ ment de ces pensions aux trésoriers de l'épargne, ces officiers se payaient par leurs mains des denier» des fermes sur lesquelles on leur avait assigné leur paiement : les uns sur les tailles , les fiutres suc les gabelles ; d'autres sur les traites foraines , domaines , cinq grosses fermes , parties casuelles , péages de rivières, comptablie de Bordeauic, patentes de Languedoc et de Provence, etc. Le roi 3'était déchM;g|^ f^i^ moyen, du paiement

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des dettes encore plus considérables qu'il avait contractées envers les étrangers ; tels étaient le roi* d'Angleterre, le comte Palatin, le duc de Virtemberg, le duc de Florence, les Suisses, la république de Venise et la ville de Strasbourg. Sa majesté n'acquittait point encore autrement les pensions que l'intérêt politique demandait qu'elle fît aux princes et communautés étrangères; car de tout temps la France s'est rendue débitrice volontaire de toute l'Europe ; d'où il était arrivé que tous ces différens créanciers érigeant de nouvelles fermes à leur profit au milieu des fermes mêmes du roi, ils avaient leurs commis et leurs comptables mêlés avec ceux de sa majesté, et qui n'entendaient pas moins bien à piller le peuple. Je ne sais si jamais on a vu un abus plus pernicieux , et en même temps plus honteux que de laisser ainsi tout le monde, et particulièrement les étrangers, mettre la main dans les finances de l'état; de voir des monopoleurs de toutes les nations multiplier les usures et les persécutions de la manière la plus criante ' , et s'arroger impunément une partie de l'autorité royale.

' Ces abus devaient avoir quelque chose de si ruineux, qu'on ne saurait trop bénir la mémoire de celui qui a eu le courage de se charger de rinimitié publique pour l'extirper ; au lieu de lui faire un crime de la hauteur et la mauvaise humeur, sans lesquelles il lui aurait été impossible d'en venir à bout.

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