LIVRE DIXIEME
du métier. Je ne trouvais pas de meilleur moyen d'y parvenir que d'avoir enfin cet état général des finances sans erreur, dont j'ai déjà parlé; mais c'était la difficulté. Je n'étais point content de celui qu'on a vu que j'avais fait en iSgô pour iSgy, ni ménïe du suivant , quoiqu'il fut déjà beaucoup plus exact ; parce qu'enfin je n'avais pu foire autrement q[ue d'y travailler sur le rapport et sur les états des intendans et des trésoriers, et qu'il n'y en avait aucun ^ans exception , quelque attention que j'apportasse au choix, que je ne dusse craindre du côté de la fraude et de la surprise. Je me mis donc à y travailler de nouveau cette année. Je fis un recueil de toutes les commissions des tailles qu'on envoyait dans les généralités, et de tous les édits , en conséquence desquels se faisaient toutes les levées des deniers dans le royaume. J'y joignis les tarifs qui avaient été faits sur ces édits, tous les baux et sous-baux faits par le conseil aux premiers et seconds fermiers. Je confrontai toutes ces pièces, aidé des lumières que mon premier travail m'avait déjà données sur cette matière; et je crus enfin être parvenu cette fois jusqu'à voir le fond de la chose. Il se commettait quelques abus dans les commissions ordinaires des tailles, mais c'étaient les moindres. Il s'en commettait de beaucoup plus considérables dans les commissions, ou lettres à»*' '^'naires
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expédiées en avance sur l'année suivante; mais les plus grands excès me parurent venir des sousbeaux. Les fermiers, qui les prenaient du conseil , et les trésoriers de France , que ceux-ci employaient, retiraient presque deux fois autant que l'adjudication qui leur en était faite ; et ^ comme ces fermiers-généraux ressoufermaient encore , cette suite d'arrière - baux à l'infini augmentait aussi les frais à l'infini , et ne produisait d'autre fruit que d'entretenir dans upe abondance qui n'était méritée par aucun travail messieurs du conseil d'abord , ensuite leurs fermiers , et les autres de suite à proportion , qui gardaient le plus profond secret sur les mystères dans lesquels on les avait initiés.
Je fus transporté de joie à cette découverte, et muni de l'autorité du roi, à qui j'en avais fait part, je fis arrêter tous les deniers des tailles payés sur commissions extraordinaires ; et, sans y avoir égard, je mandai aux receveurs qu'ils en comptassent comme de tous leurs autres deniers, et qu'ils les fissent voiturer incessamment. Je cassai , et poiur toujours, tous les arrière-baux; et je voulus qu'à l'avenir chaque partie n'eût qu'un seul fermier et un seul receveur. Il y eut encore bien des clameurs jetées à cette occasion; mais les plus avisés de tous ces fermiers, considérant que ces murmures n'aboutiraient à rien qu'à les Éwre remar-