‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 214 sur 239 · LIVRE DIXli^ME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXli^ME

quer, et que les places allaient devenir rares par la suppression d'une partie des traitans , de peur de demeurer inutiles, ils se hâtèrent de venir me trouver , et , contens de profits médiocres , ils reprirent de moi ces mêmes fermes pour leur compte, avec la différence, que tous leurs profits passèrent au roi, lès fermes ayant été doublées. A mesure que l'expérience vint fortifier mon travail, je perfectionnai encore ces états-généraux des finances. Je m'avisai de ne plus m'en rapport ter aux modèles des comptes que les receveurs s'étaient faits eux-mêmes : mais de leur en envoyer de tout faits, où je m'étais étudié à ne rien oublier , ni pour le détail , ni pour la clarté. Je les examinais ensuite lorsqu'ils m'étaient renvoyés,, avec tant de rigueur sur les fautes même d'inadvertance, ou de la plus légère omission, que bientôt on n'y omit plus rien en effet , quelque petite et cachée que fut cette partie , parce que le tout devait être justifié par les pièces que j*y faisais joindre, et que je confrontais ensemble avec la

dernière attention. Ainsi j'éventai toutes les mines secrètes des receveurs. Elles étaient en grand nombre : suppositions, prétendues non-valeurs, mauvais deniers, frais de domaines, remises, dons, droits, taxations, attributions d'offices, paiemens de rente, fixais de voiture, épices, émolumens et frais de reddition de compte ; c'étaient là autant

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de ressources utilement employées au profit des commis, parce qu'on ne s'était point donné la peine d'apprécier toutes ces parties, qui absorbaient, ainsi enflées, une partie de la recette, et que messieurs du conseil , à iqui il appartenait de le faire, connaissaient aussi l'utilité de ce jargon.

On tenait si mal la main aux comptes des receveurs , qu'il arrivait souvent qu'ils sortaient d'emploi chargés d'une infinité de recouvremens , qui étaient ensuite mis en oubli. J'abolis cette coutume : j'obligeai ceux qui entraient en place à réchercher ceux auxquels ils succédaient ; et, pour les y porter par le seul moyen efficace , tant qu'il restait de ces débets , ils n'avaient point d'autre recours pour leurs appointemens et leurs remises. Par là ils surent bien empêcher ces petites banqueroutes, au lieu de les favoriser, comme ils faisaient auparavant.

Différens comptables , et ceux de la chambre des comptes, par-dessus tous les autres, parce que c'était sur eux qu'étaient portées un grand nombre d'assignations , avaient l'adresse de rebuter les porteurs de ces assignations par des délais fréquens , jusqu'à ce qu'ils les eussent obligés à se contenter d'une partie seulement du montant de leurs ordonnances , quoiqu'ils en reçussent quittance du tout. Je défendis de reculer les paiemens ,

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