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comme aussi de conserver aucuns deniers a cet effet. Cette défense mit fin à tous ces chapitres de remplacemens de deniers payables par ordonnance de la chambre , et à la multiplicité , tant des frais que de redditions de comptes, avec lesquels il est incroyable combien il se volait d'argent sur le roi. Dès lors on commença à voir clair dans les finances, et la confusion disparut.
Lorsque l'état général dont je viens de parler , ces réglemens et tous ces différens modèles eurent été dressés , j'allai en faire la lecture au conseil , le roi absent. Je remarquai aisément le dépit que mes confrères ressentaient de ma diligence, et de ce que je ne les avais point appelés à mon travail. Ils se contentèrent de me répondre sèchement, et comme en plaisantant, que mes secrétaires étaient heureux avec moi. Ces pièces en effet étaient toutes écrites de ma main ; mais, après que je fus sorti, ils avouèrent que mon travail était immense et exact, et qu'il était désormais inutile de prétendre me rien déguiser. Je relus ces mêmes mémoires deux jours après, sa majesté étant au conseil : elle leur demanda ce qu'ils pensaient de mes états. Ils convinrent qu'ils étaient bien , et dirent que, pour un homme d'épée, je m'étais promptement mis au £fait des affaires. Je ne sais si c'est eux que je doii accuser d'une calomnie à laquelle on donna cours en ce temps-là, que je
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faisais composer par Du Luat ' un livre où , sous prétexte d'exposer de nouvelles idées sur les finances, je décriais sans charité et sans ménagement tous les meilleurs serviteurs de sa majesté. Ce prince m'assura que, quelque chose que fissent mes envieux, ils n'altéreraient jamais son amitié pour moi. En effet, de ce moment le roi commença à agir avec moi d'une manière à me le faire regarder plutôt comme ami que comme maître. Il ne m'arrivait ni joie ni déplaisir qu'il ne me témoignât la part qu'il voulait bien y prendre.
Pour le regard des finances , je serais doublement ingrat , si je cachais toutes les obligations que j'ai à ce prince. Elles ne se bornaient pas à appuyer tout ce que je faisais avec fermeté, comme il arriva lorsque les prévôt et échevins de la ville de Paris refusèrent de me communiquer leurs registres, sous l'allégation qu'ils n'avaient rien de com-
' Ange Capel, sieur Du Luat. Il est parlé, dans le vol. 8778 des manuscrits de la bibliothèque du Roi, d'un livre dans lequel il donnait plusieurs avis à messieurs du conseil sur les finances. Cest ce livre sans doute dont Fauteur entend parler ici. Du Luat nous est représenté , dans les remarques sur le chap. 9 de la confession de Sancy , comme un flatteur enjoué et agréable, qui avait comme enchanté, dit-on, le duc de Sully, son maître, par une généalogie dans laquelle il le faisait descendre de la maison de Courtenay. Journal du règne de Henri III, imprimé en 1730, tome a, page 477-
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mun avec le conseil des finances, ni à prévenir tous mes désirs, ni enfin à me consoler avec bonté dans mes traverses , ce qu'il faisait d'ordinaire en me proposant son exemple ; ses lumières et ses conseils sur tout ce qui avait rapport aux finances m'ont souvent été d'un si grand secours, que j'avoue naturellement que sans cela j'aurais entrepris inutilement un ouvrage aussi difficile que celui de les réformer. Mes vues me sont venues en grande partie de lui ^ ; et je garde précieusement des mémoires entiers écrits de sa main, quoique fort longs, sur les sujets qui nous occupaient également tous les deux.
Après cela je dois convenir de bonne foi , que la plus grande partie de la louange qu'a méritée l'administration des affaires sous le règne de Henri le Grand lui retourne de droit. D'autres y auraient travaillé sous lui avec la même fidélité, et bien plus d'habileté que moi; car ce ne sont jamais les bons sujets qui manquent au roi, c'est le roi qui manque aux bons sujets. La grande difficulté sera toujours de rencontrer un prince qui ne cherche point dans le ministère de ses affaires le ministre de ses goûts et de ses passions ; qui , unissant beaucoup de sagesse à beaucoup de pé-
' Péréfixe assure de même que Henri IV avait étudié profondément la matière de la finance, page aàS.
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nétrâtion , prenne sur lui de n'appeler à remplir les premières places que des personnes dans lesquelles il aura connu un aussi grand fond de droiture et de raison que de capacité; enfin qui, ayant lui-même des talens , n'ait point le faible de porter envie à ceux des autres. Cette jalousie du mérite dans le souverain , qui suppose pourtant qu'il en a lui-même , fait en un sens plus de mal dans un état que la haine qu'on lui connaît pour certains vices n'y fait de bien.
En partant de Bretagne, j'y laissai des règlemens pour les finances, différens, suivant la nature et les privilèges de cette province; et j'y envoyai ensuite le sieur de Maupeou , maître des comptes, tant pour les faire observer, et pour mettre les fermes de la province en valeur , que pour accélérer le paiement des deniers dont j'avais fait le fonds. Je fis partir à même fin Coesnard, auditeur des comptes, pour le Poitou, et Bizouze pour la Champagne. Je préposai Champigny au péage des rivières dans l'Orléanais et la Touraine ; mais , pour cette fois , c'est assez parler des finances.
Passons à des faits d'un autre genre , qui , par leur singularité, rendirent cette année remarquable. On cherche encore de quelle nature pouvait être ce prestige vu si souvent et par tant d'yeux
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dans la forêt de Fontainebleau. C'était un £sintôme' environné d'une meute de chiens, dont on entendait les cris, et qu'on voyait de loin, mais qui disparaissait lorsqu'on s'en approchait. On prit sur la côte de Hollande une baleine ' , longue de quatre-vingts pieds. Le Tibre se déborda jusqu'à renverser un très-grand nombre de maisons, et inonder une partie de la ville de Rome. Le bruit se repandit en Europe que les juifs, en haine des chrétiens, avaient offert au grand-seigneur cinq cent mille ducats poUr détruire le saint sépulcre d^ Jérusalem.
Mais l'événement le plus intéressant, et par
' Péré&xe en fait mention, et fait dire à ce fantôme, d'une voix rauque et épouvantable , m'attendez- vous , ou m'entendez-vous, ou amendez-vous. Il attribue ces visions à des jeux de sorciers ou de malins esprits. (Ibid,, 3^ part.) Voyez aussi le journal de Henri IV , et la Chronologie septénaire , oii il est dit^ que le roi et les courtisans, qui s'en étaient moqués comme d'une fable , l'aperçurent un jour distinctement entre les halliers, sous la figure d'un grand homme noir, qui leur fit tant de peur, que ce fut à qui fuirait le mieux. (Année iSSg. ) Matthieu assure qu'un jour à Fontainebleau le duc de Sully , entendant ce bruit, descendit, croyant que c'était le bruit de l'équipage du roi, qui était de retour de la chasse, tome a, page 268. Bongars dit sérieusement que c'était un chasseur qui avait été tué dans cette forêt du temps de François I*'. Epist, iSf^ ad Camerar.
* Voyez la description de ce poisson monstrueux dans la Chronologie septénaire, page 17, et celle de ce débordement du Tibre dans les lettres du cardinal d'Ossat , part. 365.
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lequel finit cette année, est la mort de Philippe II, roi d'Espagne , après huit ou neuf mois de souffrances ' si cruelles , qu'il n'y a que le seul motif de la religion qui ait pu les lui faire supporter avec autant de patience qu'il en témoigna pendant un si long temps. Cet héroïsme lui fut pourtant en pure perte dans l'esprit du commun des hommes. Lorsqu'on faisait réflexion que les deux passions de l'avarice et de l'amhition, jointes ensemËle, lui avaient fait inonder tout le nouveau monde du sang de ses malheureux habitans , et exercer sur ses propres sujets des violences aussi barbares, à la vie près, on regardait tous ces ulcères si infects dont son corps était entièrement couvert moins comme un accident naturel que conune l'effet de la vengeance divine. U laissa un testament, qui me paraît une pièce trop digne d'attention pour la passer sous silence. On n'a pas su
' « Il eut, dit Péréûxe, vingt-deux jours durant, un flux de » sang par tous les conduits de son corps : et , un peu avant sa « mort, il lui vint quatre apostumes en la poitrine , doù il sor- « tait une continuelle fourmilière de vermine, que tout le soin n de ses officiers ne pouvait tarir. » (Ibid.) De Thou, liv. lao, y ajoute la dyssenterie, le tenesme, Thydropisie, etc., et fait une description aussi touchante de l'état déplorable de ce prince que de sa patience et de ses sentimens religieux. Matthieu dit qu'il n'avait pas moins de sept fistules à deux doigts de la main droite, et attribue une si horrible maladie aux débauches de sa jeunesse. Il mourut le dimanche i3 septembre.