‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 217 sur 239 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

Que lui était -il revenu de tout cela ? C'est la réflexion qu'il fait faire à son fils : la Providence , comme si elle se fût crue intéressée à faire avorter des projets si criminels , lui avait £ait .manquer l'Allemagne par la jalousie et l'aversion de son propre sang; l'Angleterre , par les vents et les tempêtes ; l'Irlande , par la trahison de ses peuples , que l'éloignement mettait à couvert de son res* sentiment ; la France , par l'instabilité de ses habitans V jointe à leur antipathie pour une domina* tion étrangère* ; enfin , par les grandes qualités du roi qui la gouvernait; en sorte que cet épouvantable fracas et ces torrens de sang n'avaient abouti qu'à augmenter ses états du seul petit royaume de Portugal

Philippe fait après cela une application plu$

' Il y a dans le véritable testament de Philippe II un articlei par rapport à Henri IV , dont l'omission dans nos mémoires suffit toute seule à prouver que la pièce à laquelle on donne ce nom est supposée ; c'est que ce prince , agité de violens rer mords sur l'usurpation du royaume de Navarre, recommande à son fils ce qui lui avait été recommandé à lui-même par $on père, de faire examiner soigneusement cette question par les plus habiles jurisconsultes, afin de restituer ce royaume à S09 légitime maître, si on le doit faire, selon les lois de la justice» Charles-Quint en avait dit autant à Philippe II, Ferdinand et Isabelle à Charles-Quint Remettre ainsi l'effet d'une disposition qu'on reconnaît être juste à un successeur qu'on est assuré qui n'y aura aucun égard , c'est ce que de Thou appelle se jouer impudemment de la Dirinité.

particulière de ces instructions à sa personne et à la situation de l'héritier de sa puissance , et réduit aux articles suivans la politique dont aucun roi d'Espagne ne doit jamais se départir , et Philippe III moins encore que tous les autres , à cause de sa grande jeunesse : maintenir avec le roi de France la paix qu'il avait cru devoir faire avant de mourir, et cela autant pour son intérêt et son repos que par égard pour ses peuples ; ne jamais s'écarter de la bonne intelligence avec le pape , et la fomenter en tenant un grand nombre de cardinaux dans ses intérêts ; aimer l'empereur et sa famille , mais pourtant ne pas faire passer par ses mains l'argent des pensions , que son intérêt demandait qu'il continuât aux électeurs , princes et prélats d'Allemagne, afin qu'il se les tînt toujours attachés par cette largesse , en même temps qu'il aurait soin de les tenir divisés entre eux : double moyen de tourner à son avantage les conjonctiures que le temps pouvait lui faire naître pour l'acquisition de l'Empire ; porter d'autant plus toute son attention du côté de l'Allemagne que la multiplicité d'intérêts règne dans les pays du nord plus que partout ailleurs.

La Pologne, le Danemarck et la Suède sont des puissances dont il croit n'avoir rien à appréhender : la première , parce que , outre l'éloignement , la polititjue des princes ses voisins, aussi -bien

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