LIVRE DIXi:ÈM
que la sienne propre mal entendue, rend le roi de Pologne le ministre plutôt que le maître de ses sujets; les deux autres, par la même raison du grand éloignement, joint à leur pauvreté et à leur peu d'intelligence dans la guerre. Il n'a garde de dire la même chose de la France , de l'Angleterre et de la Flandre , qu'il regarde comme les puissances véritablement à craindre pour l'Espagne, et avec lesquelles il veut qu'on soit continuelle^ ment sur ses gardes.
Ce qu'il prescrit par rapport à l'Angleterre ' , c'est de ne rien négliger pour empêcher la jonction des trois couronnes qui comprennent les îles britanniques sur une même tête : événement dont ce fin politique, par im esprit de prédiction , parlait comme étant fort proche; pour cet effet, ne pas regretter l'argent qu'on répandait dans ces iles pour se faire des partisans, et continuer à la ren^plir d'espions , mais autres que ceux qui y étaient alors , dont Philippe II croyait avoir des raisons de tenir la fidélité pour suspecte; cultiver soigneusement tout ce que la diversité des religions peut faire éclore de divisions dans cet état , aussi-bien que dans celui de France : il regarde celles qu'avaient produites la Ligue chez nous,
' On lui fait encore dire, sur le point de mourir, en parlant de l'Angleterre : Pacem cum Angloy hélium cum reliquis. « I-a K paix avec l'Anglais, et la guerre avec tout le reste. »
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comme un moyen désormais usé et inutile par l'affermissement d'un roi aussi capable de régner que Henri; mais donner occasion à mille autres divisions civiles dans chacun de ces deux états, et surtout à celles qui peuvent les tenir en guerre \\m avec l'autre, ou du moins en défiance et en soupçon, ce qu'on peut faire en favorisant les prétentions de l'un sur l'autre, leur haine naturelle les y portant déjà suffisamment : regarder comme le dernier malheur le coup qui unirait d'intérêt avec les Pi-ovinces-Unies ces deux puissances déjà unies entre elles, parce qu'il ne peut qu'en résulter une puissance capable, dit-il, de s'assujettir et la mer et la terre : trouver le moyen d'exclure tous les princes de l'Europe de la navigation des deux Indes, ce qui ne peut souffrir de difficulté que de la part de ces trois mêmes puissances, moins pourtant de celle de France que des deux autres , parce qu'elle n'a point de marine : nouveau motif de s'assurer là possession des Pays-Bas, et plus encore de l'Angleterre.
Cependant, dans tous ces conseils de Philippe, rien ne porte son successeur à la guerre , non pas même avec les rebelles des Pays-Bas ; au contraire il Teu détourne avec soin. La conduite qu'il veut qu'on tienne avec les provinces, est d'y accorder un pardon général; de ne rien exiger de ce peuple, sinon qu'il reconnaisse la domination espagnol^;