LIVRE DIXIEME
de se passer de grands biens, mais même parce qu'ils le doivent , s'ils ne vetdent pas éteindre le respect qu'on doit à leur caractère par le luxe , la mollesse et l'impiété , fruits ordinaires des grands biens et de l'oisiveté où ils se plongent; au contraire, qu'il multiplie les marchands, laboureurs, artisans et soldats, dont l'industrie, le travail et l'économie soutiennent seuls l'état contre la ruine dont il est menacé par le dérèglement des autres conditions. Tous les principes qui , comme ceux-ci, vont à maintenir dans un état la subordination et l'économie contre la corruption et l'oisiveté méritent d'être loués , de quelque bouche qu'ils sortent L'article des dispositions domestiques est celui par lequel Philippe ferme son testament. Il enjoint à son successeur d'accompUr les promesses et autres clauses du mariage de l'infante, sa sœur. Il lui en propose pour lui-même un dont il avait déjà fait les avances , et disposé secrètement tous les articles, qu'il lui marque qu'il trouvera entre les mains de Loo. Il remarque que jamais roi n'a aimé le favori de son père, et cependant il ne laisse pas de lui proposer pour confident Christophe de Mora , qui avait été le sien. Philippe III aima mieux déférer à la remarque qu'à la recommandation, et donna la place de Mora au marquis de Doria. Il exige aussi de son respect pour la mémoire paternelle qu'il conserve en place toutes
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les personnes qui y avaient été mises de sa main : mais de la façon dont il s'en explique, on voit bien qu'il le souhaite plus qu'il ne l'espère. Il lui recommande particulièrement les docteurs Ollius et Vergius, qui l'avaient assisté dans sa maladie.
II lui parle d'Antonio Pérès " comme d'un homme dangereux, avec lequel il doit se raccommoder, et songer ensuite à ne le laisser demeurer ni en France, ni en Flandre, encore moins en Espagne, mais dans l'inutile pays d'Italie. Une courte maxime d'aimer Dieu, de chercher la vertu, et de profiter des préceptes d'un père , est par où Philippe finit cette pièce, qu*on ne peut nier qui ne soit remplie d'ailleurs de traits de piété * et de résignation aux ordres de Dieu , qui par miséricorde le châtiait, disait-il, en cette vie, plutôt qu'en l'autre.
De ces dispositions, la première qu'on vit exé-
' Antoine Perès avait été principal ministre de Philippe II, dont il encourut la disgrâce pour des raisons qui ne font rien au sujet de ces mémoires : il se réfugia à Paris, où il mourut en i6i I. Il était grand politique et de beaucoup d'esprit ; c'est de lui qu'est la maxime suivante, qui renferme un grand sens dans trois mots t Roma, conscjo, pielago; s'attacher la cour de Rome, bien former son conseil , et être maître de la mer.
■ 1 11 lit apporter son cercueil , fait de cuivre, et mette une « tête de mort sur un buffet, et une couronne d'or joignant, » dit la Chronologie septénaire , dans laquelle il faut lire aussi, avec le détail de tout ce que dit et fit ce prince dans sa maladie, celui de sa vie publique et privée, année 1598.