LIVRE DtUÈME
cuter au nouveau roi d'Espagne , fut celle de son mariage avec l'archiduchesse de Gratz '. Il la fit demander aussitôt après la mort du roi , son père , et elle passa, au commencement de l'année sui* vante, en Espagne, accompagnée de l'archiduc Albert, avec lequel elle relâcha sur la côte de Marseille pour respirer l'air de la terre. Le duc de Guise, gouverneur de la province, qui en avait eu avis et en avait informé le roi , eut ordre de faire la réception la plus honorable à cette princesi^. Sa majesté destina cinquante mille écus pour en £aire les frais, et m'ordonna de les faire tenir à Marseille. J'étais près d'y envoyer Lafont pour marquer l'usage qu'on devait faire de cette somme, ou un autre de mes domestiques, qui n'était encore que simple laqAais de mon épouse, petit homme et sans figure, dans lequel j'avais démêlé tant de capacité, de fidélité et d'économie, que je crus devoir travailler à son établissement. Il n'en fut pas besoin : une personne que j'avais sur les lieux suffit, parce que l'archiduchesse, malgré les instances du duc de Guise , et de la ville de Mar-* seille, ne voulut entrer dans aucune ville, pour éviter le cérémonial. Elle se fit dresser des tentes sur le rivage, où elle se reposa, et entendit la messe. Pour l'archiduc, il eut la dévotion de visiter les églises de Marseille; tnais il y vint sans suite
' Marguerite d'Autriche, fille de l'archiduc de Gratz.
fit incognito , et , après avoir baisé les reliques, il s'en retourna sans boire ni manger.
Ce mariage unit les deux branches de la maison d'Autriche par un double lien; le feu roi d'Espagne, ayant déjà £stit épouser, le 5 mai de l'année précédente, l'infante Isabelle, sa fille, à l'archiduc Albert , qui avait pour cela déposé la pourpre de cardinal. Il lui avait donné une très-riche dot en apparence , puisqu'elle ne consistait pas moins que dans les dix-sept provinces des Pays-Bas, la Franche-Comté et le Charolais : mais les clauses étranges qu'il y avait mises, que ce nouveau souverain ne prendrait aucune part au commerce des Indes, et ne souffrirait dans ses états aucune autre religion que la catholique, sans quoi la donation était déclarée nulle, la réduisaient en effet à rien par la difficulté de faire accepter aux Flamands des conditions si dures.
En attendant que l'archiduc pût passer en Flandre en personne pour lever tous les obstacles , il y envoya , en qualité de son lieutenant-général , Tamirante ' d'Aragon , qui fit quelques exploits sur la frontière d'Allemagne, et ensuite son cousin le cardinal André, qui y fit force édits, mais sans
* Consultez la Chronologie septénaire , tant sur ces expéditions militaires, que tout ce qui est dit ici des mariages du roi et de rinfante d'Espagne, années iSgB et iSgQ. Matthieu^ ibitLy page 298, etc.