LIVRE DIXli^.ME
exécution. Le mal commençant à paraître à la maison d'Autriche ne pouvoir plus souffrir de délai, l'archiduc vint enfin lui-même dans les Pays- Bas, et y amena sa nouvelle épouse, le 5 septembre de cette année, dont le reste se passa en menaces de sa part d'aussi peu d'effet. Il fallut en venir à la force ouverte , et ce fut le commencement de cette longue et sanglante guerre entre l'Espagne et les Flamands , dont j'aurai soin chaque année de marquer les progrès et les événemens.
Au même temps que se faisait en Espagne le mariage de sa majesté catholique, on célébrait aussi à Paris celui de madame Catherine avec le prince de BarV C'est par cet établissement que cette princesse fixa enfin sa destinée jusque-là si incertaine, ^n proposa d'abord , du vivant de la reine Catherine , de la marier au duc d'Alençon ; la chose manqua par la haine de Henri III pour son frère. Ensuite on parla de la donner à Henri III lui-même : la reine-mère n'y voulut pas consentir par aversion pour la maison de Navarre. La princesse refusa à son tour le vieux duc de Lorraine, qui lui fut offert, parce, disait-elle, qu'il
' Henri, duc de Bar, ensuite de Lorraine après la mort de Charles II, son père. Le roi donna à sa sœur,' en la mariant , « trois cent mille écus d'or sol, » dit l'historien Matthieu, ibid.y page 278.
478 MEMOIRES DE SUILY.
avait des enfans d'un premier mariage* Le roi d*£spagne la demanda pour lui aux conditions d'une union étroite entre le roi de Navarre et lui, à quoi le premier de ces princes ne voulut point entendre. Après cela , cette princesse fut recher^ chée par le duc de Savoie, mais dans des circonstances où ce mariage pouvant être préjudiciable à la religion protestante, les réformés y mirent obstacle. Elle ne voulut point du prince de Condé ; elle le trouvait trop pauvre. Elle refusa de même, et sans aucune bonne raison, le roi d'Ecosse. Le prince d'Anhalt se mit aussi sur les rangs, et, dans les mouvemens de colère qui animaient quelquefois cette princesse contre le roi son frère, elle lui reprochait qu'il l'eût volontiers mise entre les bras de deux ou trois autres princes étrangers, ou , comme elle disait, de deux ou t%is gentils* hommes , pour paiement de leur solde. On a vu , en dernier lieu , comment sa prévention pour le comte de Soissons lui fit fermer l'oreille k toutes les poursuites du duc de Montpensier, qui était un parti sortable. Enfin la nécessité de prendre un état * la détermina à accepter le prince de Bar.
* « Madame, dit au contraire la Chronologie septénaire , « anoée 1599, montrait, de son côté, tout le contentement « possible.... £He avait accoutumé de dire : Grata stépen^eniet « quœ non sperabitur hora, étant ladite dame très- bien ins- « truite au latin. »